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Comment le comportement des journalistes change en fonction de ceux qu’ils interrogent

Jeudi 5 avril dernier, entre 19h30 et 20h30, Daniel Gluckstein était l’invité du Rendez-vous des politiques sur France Culture (écouter l’émission sur le site de la radio). En sa qualité de directeur de campagne de Gérard Schivardi, il était interrogé pendant une heure par les journalistes de l’Express et de France Culture sur les orientations du candidat qu’il soutient. Pendant une heure les questions des journalistes et leur ton n’ont fait apparaître que dénigrement et défiance et à l’égard des idées développées par le secrétaire national du Parti des travailleurs. Petit florilège : « Je trouve tout ce que vous dites très sympathique » dit à son tour François Koch, journaliste à l’Express, à l’adresse de l’interrogé ; « Donc on y vient, c’est donc l’Union européenne qui est en cause » conclue Caroline Braoué, sur l’air entendu de la vieille rengaine qui se répète.

Poser des questions n’est certes pas un mal, pas plus que d’essayer de mettre en cause les idées d’un candidat. En politique il faut s’attendre à ce qu’on vous contredise et il vaut donc mieux être sûr de ce que l’on dit, savoir de quoi on parle et être précis dans ses propositions. Les journalistes sont là pour y veiller. Ce qui est en cause c’est le ton. Est-ce que l’on oserait dire à Nicolas Sarkozy : « Je trouve tout ce que vous dites très sympathique. » Pas pluys qu’on irait remettre en cause les fondements idéologiques de sa politique. En revanche, l’idéologie des candidats de la droite anti-libérale, Daniel Gluckstein comme les autres candidats, est systématiquement défiée. Les journalistes essayent de la faire trembler, de montrer ses contradictions, ce qu’ils arrivent à faire cependant. Mais n pourrait mettre au défi de la même manière la pensée libérale de Nicolas Sarkozy, la social-démocratie de Ségolène Royal ou le centrisme de François Bayrou. Il y a matière à en discuter également. Mais on ne le fait jamais.

Aux « grands candidats », par opposition aux « petits » (cette appellation montre d’ailleurs bien que le débaat est tronqué puisqu’en les appellant ainsi on signifie qu’ils n’auront jamais aucune chance d’être élus), on pose des questions techniques, les détails de leur programme, comment on va réduire la dette, de combien seront augmenter les prélèvements obligatoires, etc. Toutes ces questions qui intéressent les Français. On entend rarement les « petits » aborder ces questions. Ils sont soumis à un perpétuel examen de passage : Leurs idées sont-elles acceptables ? Emissions après émissions et dans n’importe quel média, ce schéma se répète. Egalité des temps de parole, oui mais débat tronqué puisuqe ne portant pas sur les mêmes thèmes. Pierre Bourdieu parle de « censures multiples et invisibles » concernant la télévision. On peut appliquer cette formule à tous les grands médias de masse.

Critiquer les médias et les journalistes dans leur ensemble est toujours douteux, mais en sachant que tous les grands médias de masse sont modérés et se situent dans la mouvance des partis de gouvernement, on peut cette fois faire une exception. Il existe bel et bien une défiance généralisée à l’égard des « petits candidats », en particulier ceux de la gauche anti-libérale puisque dénonçant le système dans lequel on vit à l’heure actuelle et que représente ces médias. Les journalistes eux-mêmes reconnaissent que les médias dans leur ensemble a fait campagne pour le « oui » lors du référendum sur la Constitution européenne, « oui » que supportainet ces mémes partis de gouvernement dont sont issus les grands candidats.

L’auditeur, le télespectateur ou le lecteur assiste donc à une campagne dans laquelle on a les candidats sérieux pour qui il est acceptable de voter et les autres dont on essaie de montrer par tous les moyens leurs contradictions, l’inexactitude de leurs idées et toutes les raisons pour lesquels il ne faudrait pas voter pour eux. Mais il ne s’agit pas ici d’essayer de démasquer un éventuel complot des médias et des journalistes contre ces candidats. Pierre Bourdieu le dit très bien, ces « censures » sont invisibles « y compris pour ceux qui les exercent » (voir Sur la télévision, vidéo du Collège de France dans laquelle Pierre Bourdieu présente la théorie qu’il développe plus longuement dans son livre du même nom). Les journalistes des médias de masse sont dans leur ensemble modérés, acceptent le système économique et social dans le quel et on vit et le poids de cet idéologie se retrouve dans leur manière de traîter l’information et donc d’interroger des candidats ne rentrant pas dans ce moule, comme si les idées de la gauche anti-libérale était comme les idées du Front National, des idées qu’il faut dénoncer en taant que bon démocrate. On se glorifie d’être un journaliste indépendant et neutre car nul ne saurait dire si on vote Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, mais cette indépendance à ces limites dès que l’on sort du moule chaud et douillet de la pensée dominante.

R.C.

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