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Archive for juin 2007

France 5, la chaîne de la connaissance, supprime son émission de décryptage de l’image

Le 18 juin dernier, lendemain du deuxième tour des élections législatives, la direction de France Télévisions annonçait qu’« Arrêt sur images », l’émission de décryptage du média télévisuel de France 5, ne serait pas reconduite à la rentrée. A chaque fin de saison, le PAF connaît son lot d’émissions supprimées, ce n’est pas nouveau. Baisse d’audience ou concept usé, les programmes se renouvellent et en tant que téléspectateur, on ne peut que s’en réjouir. « Arrêt sur images » était la plus ancienne émission de France 5, née avec la chaîne en 1994, et subissait une légère diminution de ses parts d’audience ces deux dernières années. Ce fut ces arguments qui décidèrent les dirigeants de France Télévisions, disent-ils, a arrêté ce programme vieux de treize ans.

David Abiker et Daniel Schneidermann sur le plateau d’« Arrêt sur images »
David Abiker et Daniel Schneidermann sur le plateau d’« Arrêt sur images »

Seulement voilà, « Arrêt sur images » n’est pas une émission comme les autres. Elle est la seule émission du PAF qui tente d’apporter un regard critique sur la télévision, le 5ème pouvoir, cette arme de diffusion massive que les grands groupes industriels s’arrachent et que l’Etat n’a jamais laissé échappé de son escarcelle. « Se servir de la télévision pour analyser la télévision », voici comment Daniel Schneidermann, présentateur d’« Arrêt sur images » et spécialiste du média télévisuel, aime décrire son émission. Formule séduisante mais qui met en lumière la perversité du procédé : « Peut-on critiquer le système de l’intérieur ? » La suppression de l’émission semble apporter une énième réponse négative à cet éternel débat. Car les journalistes, s’ils aiment critiquer, n’aiment pas l’être et il était de notoriété public qu’« Arrêt sur images » n’avait pas que des admirateurs dans les rédactions des JT des grandes chaînes, comme en son temps « L’Hebdo du médiateur » sur France 2, qui entendait faire dialoguer journalistes et téléspectateurs.

Sur son BigBangBlog (lire le billet), Daniel Schneidermann s’est montré à demi surpris par cette suppression. Entretenant des rapports tumultueux avec les dirigeants de France Télévisions, la brouille commença, selon lui, lors des manifestations anti-CPE de février 2006. « Arrêt sur images » avait alors posé la question de l’indépendance de la présentatrice du 20h de France 2, Béatrice Schoenberg, face à des événements qui mettaient en cause son mari, l’alors Ministre de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo. Coup de téléphone d’Arlette Chabot à Daniel Schneidermann avant que l’émission ne soit diffusée, le présentateur d’« Arrêt sur images » s’en étonna sur son blog et mis en cause Patrick de Carolis qui fut probablement celui qui transmit la cassette de l’émission à la directrice de l’information de France 2.

Le sociologue Pierre Bourdieu à « Arrêt sur images » en 1996
Le sociologue Pierre Bourdieu à « Arrêt sur images » en 1996.
A la suite de son passage et de la polémique qu’il suscita, il publia un livre, Sur la télévision.

Il y eut aussi divers révélations de reportages bidonnés passés dans les JT de France 2 et France 3. Autant de petits cailloux dans les bottes des journalistes et des dirigeants des chaînes, le service public n’échappant pas à ces caprices de puissants qui n’aiment pas qu’on leur tire dans les pattes. L’émission était en sursis pour la rentrée 2006, elle fut reconduite mais le sursis n’était que provisoire. Au courant du mois de juin de cette année, LePoint.fr publia un article (lire l’article) dans lequel était rapporté que l’émission était mencacée. De son côté, Daniel Schneidermann ne fut mis au courant de rien malgré ses demandes expresses et n’eut connaissance que de la décision finale, le 18 juin dernier alors que le dialogue avec les dirigeants de France 5 et de France Télévisions avait été rompu depuis quelques semaines déjà. S’il est difficile de connaître le fin mot de l’histoire, ces manières peu cavalières montrent que le problème se trouve ailleurs que dans une simple baisse d’audience. Par ailleurs, Philippe Vilamitjana, directeur de l’antenne et des programmes de France 5, veut remplacer l’émission par une autre émission de décryptage de l’image. Le concept serait-il si usé que l’on veut d’ores et déjà le réutiliser ?

Mais plus que cette suppression et la manière dont elle s’est opérée, c’est le climat qui entoure le monde des médias qui donne du relief à cette affaire. Car cette suppression coïncide avec l’accession à la tête de l’Etat d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui a largement usé de leur pouvoir et qui n’hésite pas à jouer de son influence sur eux. Nomination du directeur adjoint de sa campagne, Laurent Solly, au poste n°2 de TF1, des témoins de mariage à la tête des plus grands groupes de médias, Martin Bouygues et Arnaud Lagardère, éviction du directeur de Paris-Match après quelques photos dérangeantes en une de Cécilia Sarkozy, copinage avec les journalistes, etc., autant de signes défavorables à notre conception de médias libres et indépendants et autant de dérives qu’« Arrêt sur images » dénonçait à longueur d’émissions.

La télévision perd donc l’un de ses derniers garde-fous, une caution qui laissait à penser que la lucarne acceptait la critique. Et cette caution disparaît au moment même où la télévision en a le plus besoin. Ce média sujet aux critiques les plus acerbes, surtout depuis l’émergence des médias en ligne : manipulation, proximité avec les pouvoirs économique et politique, absence de réelle pluralité, censure ou autocensure, là où internet offre un espace de liberté de parole et de diversité totales (avec cependant tous les défauts que cela comporte). Nous voilà entrés dans l’ère du soupçon. Rédactions sous influence et élimination sans ménagement des derniers contre-pouvoir, les faiseurs de télévision savonnent eux-mêmes la planche sur laquelle ils se trouvent, comme une promesse de lendemains heureux pour internet.

R.C.

* Pour les fans d’« Arrêt sur images », une pétition circule sur la toile demandant le maintien de l’émission. Vous pouvez la trouver sur le site suivant : arret-sur-images.heraut.eu.

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La prise de contrôle totale de Gaza par le Hamas soulève l’inquiétude de la communauté internationale

Le drapeau du Hamas flotte sur Gaza
Le drapeau du Hamas flotte sur Gaza

A Gaza, la lutte d’influence entre le Fatah et le Hamas a connu un terme. En l’espace de quelques jours, les forces armées du Hamas ont pris le dessus sur les forces palestiniennes de sécurité contrôlées par le Fatah et sous juridiction de l’Autorité palestinienne. Un événement longtemps redouté par les chancelleries occidentales et les régimes arabes, qui ont signé un traité de paix avec Israël (N.B. : L’Égypte et la Jordanie). Aujourd’hui, le Hamas règne sur la totalité de la bande de Gaza.

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Constat et analyse de la politique du líder vénézuélien qui semble, aujourd’hui, de plus en plus remise en question

Hugo Chávez dans l'ombre de Simón Bolivar

Après le scandale suscité au sein même du Venezuela et sur la scène internationale avec la fermeture de l’une des dernières chaînes privées RCTV (Radio Caracas Televisión), remplacée par TVes, nouvelle chaîne publique, Hugo Chávez semble avoir commis son premier faux pas depuis sa prise de pouvoir.

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Les cyclonudistes parisiens ont réussi leur coup : faire parler d’eux

Les cyclonudistes parisiens à la une du plus grand quotidien islandais
Les cyclonudistes parisiens à la une du plus grand quotidien islandais

Ce matin, le principal quotidien islandais, Fréttablaðið, publie en première page (voir la une du journal) une photo des cyclonudistes parisiens qui avaient sillonné, le week-end dernier, les rues de la capitale en tenue d’Adam afin de protester contre la « fragilité des cyclistes en milieu urbain ».

Cas typique d’agitation médiatique à des fins politiques : un petit groupe (pas plus de 150 manifestants), provocateur (sortir nu dans la rue), victimisé (« notre corps est ce qu’il nous reste face aux voitures ») et jouissant d’une interdiction de la manifestation par la Préfecture de police (l’Etat oppresseur contre des citoyens oppressés). Toutes les conditions étaient réunies pour emporter l’adhésion du public.

Quelques belles images de ces manifestants nus pour attirer les médias, dont la nudité est l’argument principal de vente, loin devant la cause même du combat qui n’aurait fait que quelques lignes dans un quotidien local si les manifestants étaient restés habillés. Quelques belles images de la police appréhendant sans ménagement les « vélorutionnaires » (voir le reportage de Rue89), le concept, galvaudé à outrance, de « désobéissance civique » identifiant, quant à lui, la cause au combat global contre le système.

Le tour est joué ! L’image atteint l’Islande, comme elle a dû atteindre des dizaines d’autres pays. Notons que, contrat rempli, c’est la blonde aux gros seins qui se trouve au premier plan. L’image fait vendre, peu importe la cause, peu importe si la méthode – outrepasser délibérément la loi – est discutable et disproportionné au regard des enjeux. Peu importe également si, dans une démocratie digne de ce nom, le citoyen est censé s’adresser aux pouvoirs publics pour mener à bien ses revendications, ce qui n’a pas l’air d’être le but premier de l’association organisatrice de la manifestation, WNBR (World Naked Bike Ride), puisque le dialogue est rendu impossible par l’illégalité de son action.

Bienvenue dans la société du spectacle. On s’adresse aux citoyens en lui donnant, plutôt qu’un débat, du sensationnel, un coup d’éclat dont on sait qu’il aguichera les caméras. « Si on veut être médiatisé, ce qui est la condition aujourd’hui pour être entendu et vu, il faut trouver des solutions de ce genre, un peu radicales » dit un passant interviewé par LaTéléLibre.fr (voir le reportage). La philosophie du mouvement est bien résumée. Mais, en attendant, qui parle du problème des cyclistes dans la capitale ?

R.C.

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Extrait

La critique raisonnée

« Il me semble que, si l’on peut être péremptoire dans l’admiration, il faut rester modeste dans le dénigrement. L’ignorance en tout, la méconnaissance, l’inaptitude à être séduit ou à aimer, ne sauraient être érigées en vertus. »

Jean-Philippe Toussaint, La Télévision (1997)

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Les 42% de l’UMP au premier tour se transformeront très probablement en « vague bleue » au deuxième

Comme prévu, l’UMP a largement remporté ce premier tour des élections législatives en totalisant 41,80% des suffrages, contre 28,40% pour le PS, 7,50% pour le MoDem et entre 4 et 5% pour le PC et le FN, selon les résultats du Ministère de l’Intérieur. Les projections pour le deuxième tour donne en revanche entre 360 et 420 députés à l’UMP, ce qui représente près de 70% des sièges à l’Assemblée, entre 120 et 170 députés pour le PS, soit près de 25% des sièges, et le MoDem, le PC et les Verts obtiendraient respectivement entre 6 et 12 députés, entre 0 et 3 et entre 1 et 4, ce qui ne leur accorderait qu’une place marginale dans l’Hémicycle. Résultats du premier tour nuancés dans les urnes donc mais qui se transformera très probablement en « vague bleue » à l’Assemblée dimanche prochain.

On attendait une lourde défaite du PS mais le score des socialistes progresse sensiblement depuis 2002 : de 24,11% il y a 5 ans, il atteint 28,5% lors de ce premier tour. Ce sont les petits partis, de gauche comme de droite et comme du centre, qui font les frais du raz-de-marée de la majorité présidentielle. L’UDF a disparu au profit d’un MoDem encore incertain sur ces jambes et dont François Bayrou pourrait n’être que le seul député à l’Assemblée. Le PC continue sa lente disparition de la vie politique française, qui dure inexorablement depuis 20 ans, et le FN amorce la sienne, ayant perdu le monopole sur ses thèses.

Les projections tablent sur une chambre bleu horizon au soir du deuxième tour
Les projections tablent sur une chambre bleu horizon au soir du deuxième tour

Mais plus que les petits partis, le véritable perdant de ses élections est la participation. Le citoyen-électeur s’est peu déplacé en ce dimanche 10 juin. 39,56% d’abstention, c’est un record, tout comme les 14% d’abstention lors de la Présidentielle avaient été un record, mais dans l’autre sens. Ce que l’on peut voir dans ce contraste étonnant, alors que la Présidentielle et les Législatives se sont succédées dans un intervalle d’un mois seulement, c’est une présidentialisation du régime. Les électeurs ont rempli leur devoir en élisant un président et les législatives ne sont plus qu’une formalité, que beaucoup se sont passés de remplir.

Mais encore, l’abstention peut s’expliquer par une certaine fatalité, notamment des électeurs de gauche, face à la « vague bleue » annoncée. On sait tous que notre mode de scrutin est fait de telle sorte qu’il crée de grandes, belles et fortes majorité et les appels du PS et du MoDem à tempérer l’omniprésence de l’UMP à l’Assemblée fait figure de vœu pieux quand le scrutin uninominal à deux tours est fait justement pour éviter toute modération. Un sondage CSA-Cisco publié dans le Monde révèle d’ailleurs que 54% des électeurs seraient favorables à un scrutin proportionnel (lire l’article du Monde).

La conséquence de cette abstention massive est une uniformisation du second tour à deux participants, avec de rares exceptions. En effet, cette abstention a eu pour conséquence le nivellement par le haut du score de qualification pour le second tour. Ainsi, Marielle de Sarnez, qui se présentait dans la 11ème circonscription de la ville de Paris, a obtenu 18,37%. Un score plus qu’honorable, cependant insuffisant pour être en liste au second tour. Cette question met en relief une nouvelle fois la question du mode de scrutin. Autre paradoxe, le PC obtiendra probablement plus de siège que le MoDem, alors que ce dernier a réalisé un score supérieur au déclinant PC. Ce phénomène s’explique par les retraits réciproques entre le PC et le PS alors que le MoDem n’a pas une telle stratégie.

Ces élections marquent également la fin du Front National de Jean-Marie Le Pen. Le maintien de Marine Le Pen au second tour dans la 14ème circonscription du Pas de Calais avec un score de 24,47% est la seule exception au naufrage du parti. Désormais, la lutte pour la prise du pouvoir est ouverte au sein de l’extrême droite.

En attendant, dimanche prochain, il n’y aura pas de surprise, l’UMP survolera le deuxième tour comme elle a survolé le premier. Il est d’ailleurs à noter que 110 députés de la majorité présidentielle ont été élus dès le premier tour, ce qui constitue un record (la Présidentielle et les Législatives de cette année ont battu beaucoup de records).

L’une des inconnus et l’un des enjeux, s’il en reste, de ce deuxième tour sera de savoir quelle sera l’attitude du MoDem, savoir si des candidats se désisteront ou appelleront à voter pour des candidats socialistes. François Bayrou a dit que chaque circonscription sera étudiée au cas par cas et Ségolène Royal a d’ores et déjà exprimé son souhait de rencontrer le Président du MoDem avant le deuxième tour, comme lors de l’entre-deux-tours de la Présidentielle. On sait ce qu’il en a coûté à l’UDF : le départ de la quasi totalité de ses députés sortants. Il y a donc fort à parier que le MoDem, comme il y a un mois, restera dans le flou afin de ne pas se délester d’une nouvelle vague d’adhérent, à défaut d’élus.

Dimanche, les électeurs auront à déterminer la teinture du bleu de la prochaine Chambre Parlementaire. « Bleu nuit » ou « Bleu éclairci » ?

F.V. et R.C.

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Décalage

Comment TF1 nous annonce qu’on a voté pour rien

20h, dimanche 10 juin, plutôt que de donner les résultats du premier tour pour lequel les électeurs avaient voté toute la journée, TF1 donnait une projection de ce à quoi pourrait ressembler l’Assemblée nationale au soir du deuxième tour. Un graphique, dominé par le bleu, avec une teinte de rose plus une petite ligne orange, s’affichait aux yeux du téléspectateur.

Drôle de sentiment à la vue de ces résultats. Alors que le débat fut vif avant les deux tours de la Présidentielle pour savoir s’il fallait ou non publier les premières estimations avant 20h, question d’éthique et de respect de la démocratie, on nous publiait ce soir-là les premières estimations du deuxième tour une semaine plus tôt.

« Vague bleue », « Tsunami bleu », « déferlante bleue », un concours de superlatifs semblait s’être ouvert entre les journalistes pour qualifier la couleur du futur Hémicycle. On en oublierait presque que 58,10% des électeurs ne soutiennent pas la majorité présidentielle.

R.C.

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