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Archive for avril 2007

François Bayrou ne donnera pas de consigne de vote pour le deuxième tour

François Bayrou a annoncé aujourd’hui mercredi 25 avril, au cours d’une conférence de presse aussi attendue que la déclaration de soutien de Jacques Chirac, qu’il ne donnerait pas de consigne de votes pour le deuxième tour. Les électeurs UDF seront laissés « libres de leur choix ». Fort de ses presque 19% au premier tour, c’est avec un sentiment de satisfaction évident que le Président de l’UDF se retrouve dans le costume d’arbitre de ce deuxième tour, son téléphone ayant, paraît-il, beaucoup sonné depuis dimanche soir.

François Bayrou

Les deuxièmes tours, qui se jouaient autrefois sur la gauche et sur la droite des deux candidats qualifiés, se joueront désormais au centre et François Bayrou a raison de dire que le paysage politique français a changé. L’UDF a gagné son indépendance vis-à-vis de l’UMP, même si ça va lui coûter cher en nombres de sièges à l’Assemblée nationale, et l’a gardé vis-à-vis du PS en ne fonçant pas tête baissée dans une alliance. Sachant que la Vème République et son scrutin majoritaire à deux tours renforce les gros et diminue les petits, l’UDF n’a pas d’autre choix pour survivre que de devenir gros à son tour. L’indépendance en est la condition.

Bonne stratégie pour son camp donc et qui sera validée par la création d’un nouveau parti, le Parti démocrate, comme l’a annoncé François Bayrou au cours de la conférence de presse. Soucieux de faire oublier les années de collaboration UDF-RPR, ce nouveau parti, qui n’est en réalité qu’un nouveau nom, donnera une peau neuve au centrisme et le préparera aux futures joutes électorales qu’il aura à livrer contre la droite et la gauche.

Seulement voilà, celui qui a fait six mois de campagne sur le thème du « travailler ensemble » et de la fin de la guerre droite-gauche, s’apprête lui-même à y participer. Non plus une guerre droite-gauche, mais une guerre droite-centre-gauche. En privilégiant une stratégie propre à développer un nouveau parti plutôt qu’à faire avancer ses idées, François Bayrou et toute l’UDF tombe dans l’un des pièges « contre-démocratiques » tendu par la Vème République, ayant su pourtant en contourner un premier en ne se laissant pas engloutir par l’UMP. Stratégie d’appareil plutôt que de faire vivre ses convictions en accédant aux responsabilités, même s’il faut pour cela les partagés, la recette est connue.

Ségolène Royale avait lancé au soir du premier tour une idée nouvelle et séduisante sur le papier : organiser un débat public ou télévisé entre la gauche et le centre, en lieu et place des traditionnelles tractations à l’abri du regard des électeurs, en vue d’un éventuel rapprochement. Ce débat aurait mérité de voir le jour ne serait-ce que pour laisser décider l’électorat du bien-fondé d’un rapprochement et quitte à ce qu’il n’est pas lieu, faute d’entente. Cependant, même s’il a dit qu’il acceptait ce débat, François Bayrou le prive à l’avance de toute substance puisqu’il a fermé la porte dès aujourd’hui, à un éventuel rapprochement.

7 millions d’électeurs n’auront donc pas leur voix représentée dans un futur gouvernement. Quand l’esprit d’appareil l’emporte sur ce pour quoi se bat l’appareil. Des hommes politiques ont réalisé de belles carrières en se tenant à cette philosophie et en élaborant de subtiles stratégies pour leur parti. Les plus grands dans cet exercice ont été bien sûr François Mitterrand et Jacques Chirac et ce n’est pas un hasard s’ils ont atteint la magistrature suprême.

D’autres hommes politiques n’ont pas eu la carrière qu’ils méritaient ayant toujours voulu privilégier la démocratie et la morale en politique. Pierre Mendès France (seulement 8 mois à la tête de l’Etat, entre 1954 et 1955, alors que tout le monde s’accordait à dire que son esprit était supérieur à celui de tous les hommes politiques de sa génération) et Charles de Gaulle (au purgatoire 12 ans durant, entre 1947 et 1958, n’ayant pas voulu céder à la logique des partis) sont de ceux-là. On tient les premiers pour responsables de la crise profonde que traverse actuellement notre pays, ayant fait de la politique un jeu d’échec ; on couvre d’éloge, on cite, on tient en exemple les seconds pour leur indépendance d’esprit. François Bayrou devra décider de suivre l’un ou l’autre de ces deux chemins.

Le chemin qu’il a décidé de suivre, semble-t-il, cet après-midi, les électeurs doivent le savoir, se traduira par la non progression de ses idées. Il s’est cependant réservé la liberté de se prononcer avant le deuxième tour pour l’un ou l’autre des deux candidats. Si l’UDF et le PS s’allie, Ségolène Royal deviendra très vraisemblablement présidente et le parti centriste pourra imposer un nombre certain de ses propositions dans un futur gouvernement.

Si les deux partis ne s’allient pas, Nicolas Sarkozy deviendra président et mettra en œuvre un programme dont la majorité des électeurs de l’UDF ne veut pas. C’est dire la responsabilité du leader centriste. Au nom de la stratégie d’appareil, la seconde solution pourrait l’emporter si François Bayrou considére que son heure viendra en 2012 et que ces cinq années d’opposition lui seront salutaires pour renforcer ses arrières. Ou alors il peut décider d’ici là de jouer un rôle, qui reste à définir, dans cette campagne de deuxième tour, et ainsi imposer les idées pour lesquelle 7 millions de Français se sont prononcés.

R.C.

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Voici à quoi pourrait ressembler un gouvernment sous Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy

Le 6 mai prochain, nous aurons un nouveau Président de la République, Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, et l’Assemblée fraîchement élue en juin prendra très certainement, sauf accident, la couleur du nouveau Président, dynamique oblige.

La campagne électorale nous a éclairé, quoiqu’on en dise, sur les projets des deux candidats, mais savons-nous qui seront les hommes et les femmes qui auront pour tâche d’appliquer ce projet ? Pas vraiment tant les langues de bois sont de chêne lorsque le sujet est abordé.

Le Monde est à nous a tenté de répondre à cette question en imaginant à quoi ressemblerait un gouvernement sous une présidence Royal ou Sarkozy.

Si Nicolas Sarkozy est élu :

Premier Ministre : François Fillon
Ministre des affaires étrangères : Michèle Alliot-Marie
Ministre de l’économie: Jean-Louis Borloo
Ministre de la cohésion sociale : Eric Besson (ancien PS)
Ministre de l’intérieur : Brice Hortefeux
Ministre de la justice : Gilles de Robien (UDF)
Ministre du développement durable : Michel Barnier
Ministre de l’éducation : Valérie Pécresse

Si Ségolène Royal est élue et que le PS ne passe pas d’accord avec l’UDF :

Premier Ministre : Dominique Strauss-Kahn
Ministre de l’économie : François Rebsamen
Ministre de l’intérieur : Julien Dray
Ministre des affaires étrangères : Jean-Pierre Chevènement
Ministre de la cohésion sociale : Delphine Batho
Ministre de la justice : Arnaud Montebourg
Ministre de l’environnement : Nicolas Hulot
Ministre de l’éducation : Sophie Bouchet-Petersen

Si Ségolène Royal est élue et que le PS passe un accord avec l’UDF :

Premier Ministre : François Bayrou (UDF)
Ministre de l’économie : Dominique Strauss-Kahn
Ministre de l’intérieur : Julien Dray
Ministre des affaires étrangères : Jean-Pierre Chevènement
Ministre de la cohésion sociale : François Rebsamen
Ministre de la justice : Arnaud Montebourg
Ministre de l’environnement : Nicolas Hulot
Ministre de l’éducation : Hervé Morin (UDF)

Ces estimations n’engagent bien sûr que nous. Faîtes-nous part des vos suggestions si vous n’êtes pas d’accord ou si nous avons oublié des noms importants dans ces trois listes.

O.N. et R.C.

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Après une campagne de premier tour pour ne pas perdre, l’UMP et le PS entament leur campagne pour gagner

Ce soir, 20h, a commencé la vraie campagne présidentielle, celle qui va durer deux semaines et définir les grands enjeux de la France de demain. Le premier tour, qu’on s’en contente ou qu’on le déplore, n’a été en réalité qu’une bataille entre communiquants de l’UMP et du PS, pour ne pas faire écarter son candidat du deuxième tour, qui leur était « naturellement » acquis.

Restait six mois pour confirmer et pour ça, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’ont eu cesse de tâtonner, de chercher leur électorat, d’essayer d’élargir leur assise, quitte à faire grincer des dents dans leur propre camp en allant draguer les électeurs de l’adversaire. Mais ces écarts ne duraient jamais longtemps, les sondages encadraient de leur regard réprobateur chaque incartade. Tous les actes, propositions et déclarations des deux candidats étaient scruté afin de ne froisser aucun électeur et au final de rassembler le plus largement possible. Chaque oscillement suspect des courbes d’intentions de vote donnait lieu dans les états-majors à des consertations secrètes afin d’y remédier. Aucun débat de fond là-dedans, juste le désir de se défaire des parasites, les dix autres candidats. L’électorat ne s’y retrouvait pas toujours mais les compteurs restaient à peu près stables.

On allait avoir notre deuxième tour, celui qu’on nous avait volé cinq ans plus tôt. Restait un doute, le centre allait-il brouiller les cartes, ou bien Jean-Marie Le Pen allait-il réitérer son ascension sournoise des derniers jours de campagne ? Non, ce soir dimanche 22 avril, il n’y eut aucun 21 avril, aucune surprise, mais la confirmation de ce que tout le monde attendait depuis six mois : un duel Sarkozy-Royal au second tour. On respire, on va pouvoir enfin faire de la vraie politique. Fini les coups bats et les attaques personnels, Nicolas Sarkozy l’a dit, il respecte Mme Royal et ses convictions et souhaite « un véritale débat d’idée » pour le second tour. Tout le monde applaudit et s’en félicite, les « petits candidats », sous des mines dépites et des airs de révolte, peuvent se retirer, satisfaits d’avoir, l’espace d’un instant, connu les feux de la rampe et promu leur parti, même si pour cela il a fallu multiplier les candidatures au détriment d’un débat clair.

Les deux prochaines semaines, les électeurs qu’on se disputait hier à coups de propositions et de critiques acerbes, vont représenter pour chaque parti un capital qu’il s’agira de faire fructifier et d’additionner à celui d’autres partis, le but étant les 50% plus une voix requis pour diriger la France. L’UDF, grâce à ses 19%, fera l’objet de nombreuses convoitises et les prochains jours diront si le PS va finalement décider de briser le tabou historique que représente une alliance avec le centre, le PC empêtré dans ses disputes à gauche ne repésentant plus un allié fiable. A moins que François Bayrou, après une campagne d’une incroyable violence contre Nicolas Sarkozy, ne décide finalement de rejoindre ses anciens collègues et de s’allier avec la droite classique, comme l’UDF a eu coutume de le faire depuis sa création.

L’avenir le dira et il y aura bien peu de temps pour fêter ce résultat annoncé. Les meetings de deuxième tour ont été organisés, les invitations sur les plateaux de télé envoyées, avant même l’annonce des résultats du premier tour. Les temps de parole seront à nouveau décomptés et les caméras et journalistes se concentreront sur les deux candidats restants. Le débat de fond va pouvoir commencer, comme si l’électeur n’était pas assez intelligent pour comprendre autre chose que ce manichéisme traditionnel.

R.C.

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Les principaux résultats

20h, après 6 mois d’une campagne et d’une précampagne acharnées et passionnées, après une journée qui a vu la France voter comme elle ne l’avait jamais fait sous la Vème République (15,5% abstention seulement), après quelques heures d’une attente fébrile qui allait révéler les visages d’une nouvelle génération de politiques qui va gouverner la France, les résultats ont été dévoilés, et les sondages ne s’étaient pas trompés comme on l’avait beaucoup redouté (ou espéré).

Les premières estimations Ipsos à 21h22 sont les suivantes :

Nicolas Sarkozy : 30,4%
Ségolène Royal : 25%
François Bayrou : 18,8%
Jean-Marie Le Pen : 11,1%

Nicolas Sarkozy est donc le grand vainqueur de ce premier tour en récoltant le plus gros total de voix jamais obtenu par un candidat au premier tour d’une présidentielle sous la Vème république.

Il apparaît que Ségolène Royal a fait un score légèrement plus important que ce que les sondages annonçait ces dernières semaines (autour de 23%). Le vote utile et la forte mobilisation ont sans doute eu un grand rôle dans ce résultat.

A noter le fort recul de Jean-Marie Le Pen, recul historique puisque c’est la première fois que le FN et Jean-Marie Le Pen perdent des voix depuis 1981.

François Bayrou avec 18%, est à la tête d’une réserve de voix importante que ne manqueront pas de convoiter l’UMP et le PS dans ces deux semaines précédant le deuxième tour. Rêvant d’un costume présidentiel, il revêtira le costume d’arbitre de cette élection.

Au-delà de ce quarté annoncé depuis bien longtemps, les résultats montrent un fossé avec les petits candidats. Si le score d’Olivier Besancenot (4,3%) reste conforme à celui de 2002 (4,25%), ceux d’Arlette Laguiller (1,5% contre 5,8% en 2002) et des Verts avec Dominique Voynet (1,6% contre 5,25% en 2002) ont chuté de manière vertigineuse. Les raisons avancées peuvent être l’usure de l’une et le pacte écologique pour les autres mais le vote utile que toute l’extrême gauche craignait n’a-t-il pas eu lieu ?

La Rédaction

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L’amour en fuite

Une écrivain islandaise, Steinunn Sigurðardóttir

Steinunn Sigurðardóttir

Eléments biographiques

Steinunn Sigurðardóttir (ou Sigurdardottir si l’on veut l’écrire à la française) est une écrivain islandaise, née en 1950 à Reykjavík, capitale de l’Islande. Très précoce, elle sort son premier recueil de poèmes, Sífellur (Constances), en 1969 alors qu’elle n’a que 19 ans, et n’a cessé depuis de publier recueils de poésies et romans dont le succès va en grandissant. Célèbre à l’intérieur des frontières de son pays, elle le devient dans toute la Scandinavie, en gagnant le Prix de la littérature scandinave en 1986 pour Le Voleur de vie (Tímaþjófurinn), puis dans toute l’Europe grâce aux nombreuses traductions de ce roman. Il sera même adapté au cinéma en France par Yves Angelo. Plus tard des romans comme Ástin fiskanna (L’Amour des poissons) en 1993 puis La Place du cœur (Hjartastaður) en 1995, lauréat du Prix de la littérature islandaise, obtiendront des succès similaires en Islande et en Europe, notamment au Danemark et en Allemagne. En novembre 2005, elle sort un nouveau roman, Le Cheval au soleil (Sólskinshestur) qui se place de suite en tête des ventes sur l’île et a fait à ce jour l’objet de traductions en suédois, danois et allemand.

Steinunn Sigurðardóttir vit aujourd’hui entre Paris et l’Islande. En plus de son travail d’écrivain, elle écrit régulièrement des chroniques dans Fréttablaðið, un grand journal islandais.

Son œuvre

Un grand thème traverse l’œuvre de Steinunn Sigurðardóttir, plus que l’œuvre de n’importe quel autre écrivain, avec beaucoup plus de poids : le thème de l’amour contrarié. De ses premiers poèmes jusqu’à son dernier roman, des personnages de femme ont porté cette douleur. Douleur d’amante souvent – Le Voleur de vie, Le Cheval au soleil -, douleur de mère aussi – La Place du cœur. Thème universel, dominant dans les arts, surtout dans la littérature ; thème récurrent, redondant, qui oblige, croit-on, à un effort de renouvellement de la part de l’écrivain qui souhaite s’y attaquer, tant le risque est grand de se perdre au fin fond du cimetière des œuvres sans originalité, Steinunn Sigurðardóttir a réussi l’exploit de ne pas céder à cette originalité obligée, tendance marginalité, et à livrer des romans à la fois pures et sincères, mais prenant aux tripes car nous rappellant avec simplicité nos propres douleurs enfouies, celles, forcément vécues, de ne pas être aimé.

Le Voleur de vie (Tímaþjófurinn) a connu son succès de cette épure. Alda, jeune et belle héritière, est professeur d’allemand dans un lycée de Reykjavík et pioche allègrement dans le gros héritage que lui ont laissé ses parents pour vivre sa vie de jeune bourgeoise hautaine et cynique. Elle collectionne les amants et ne fait que peu d’égard de l’amour qu’ils lui portent, tout juste trouve-t-elle cela touchant, ridicule ces amants s’accrochent et réclament plus. Ainsi va sa vie, d’aventure en aventure, jusqu’au jour où elle rencontre un homme, Anton, qui inversera les rôles et deviendra l’amant négligeant d’une maîtresse aimante. S’en suivent deux cent pages de pûr désespoir, un désepoir humain et appelant au secours, rompant de manière presque géométrique, tel le négatif des deux cent premères pages dans lesquelles la jeune femme exprimait avec fièrté son cynisme révoltant.

Le fil rouge des romans de Steinunn Sigurðardóttir, ce sont ces femmes qui, telles Alda, croient gérer mais ne le savent pas en réalité, les sentiments les dépassent qu’il faut une force incroyable pour surmonter. L’écrivain islandaise n’aborde pas le thème de l’amour déçu sous l’angle analytique de la désespérance, ce narrateur dont le lecteur assisterait au malheur avec empathie, compassion, plus une teinte de condescendance. Non, il y a bien autre chose que ces bons sentiments, il y a la volonté des narratrices de comprendre et de lutter contre leur désepoir. Bien plus que d’observer une déchéance, le lecteur est l’observateur d’une thérapie du cœur. Dans le très beau roman La Place du cœur, Harpa, la narratrice, entraine sa fille adolescente droguée dans un périple en camion autour de l’Islande. La déchéance de la jeune fille et l’échec de sa mère sont évoqués mais le véritable sujet, la raison de ce voyage, est une introspection : sortir de la détresse, partir pour tout reconstruire, vision optimiste des sentiments et de leur cruauté, on peut toujours surmonter, là se trouve peut-être l’originalité d’une œuvre qui ne l’est pas de prime abord.

Extrait

Le Cheval au soleil sorti en novembre 2005 ne déroge pas à la règle et explore l’un des aspects de la douleur amoureuse : la résurgence des souvenirs. Lilla, la narratrice doit faire face au retour au pays d’un ancien amant. Extrait :

« Après Mokka, nous fîmes une promenade comme nous en avions l’habitude autrefois. Je m’y étais préparée, mon manteau gris-bleu sur le dos, aussi court que l’anorak qui, d’après toi, m’allait si bien dans ce magasin de Skatabud. Le seul que j’ai acheté dont la couleur m’allait autant que le turquoise du maillot de bain.
Nous allâmes dans le jardin de Hnitbjörg et nous assîmes sur le banc, près des statues. Les statues auraient eu beaucoup de choses à dire si elles avaient bien voulu parler, car elles ont conservé notre histoire, chaque mot, chaque baiser, qui eût lieu dans ce jardin.
Là où nous étions assis, dans ce cher environnement, tu étais si doué pour poser ta nouvelle main, brûlée par le soleil, sur ma main blafarde. Des morceaux de ma vie surgirent dans les airs, venant de toutes les directions, et se rassemblèrent pour ne plus former qu’une seule et même image, peut-être une nouvelle statue. Tout devenait confus et je posais ma tête sur ton épaule, comme je l’avais fait si souvent dans ce jardin, avant que nous continuions à vadrouiller dans les rues, à part dans la rue Gréttir dans laquelle je ne voulais pas aller. Tu me demandas pourquoi et je dis que c’était seulement parce que… Et tu me répondis que ce n’était pas une réponse et je ne répondis rien. »

Bibliographie traduite en français

Le Voleur de vie (Tímaþjófurinn), Flammarion, 1998, traduit par Régis Boyer
La Place du cœur (Hjartastaður), Denoël & d’ailleurs, 2000, traduit par François Emion
Le Cheval au soleil (Sólskinshestur), traduction à paraître

R.C.

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Jean-Marie Colombani appelle à ne pas voter François Bayrou pour le premier tour de la Présidentielle

Dans un éditorial publié aujourd’hui en première page du Monde (voir l’article sur le site du Monde), Jean-Marie Colombani, son directeur, appelle à ne pas voter. Quelle drôle d’idée ! On avait l’habitude des prises de position pour un candidat et des appels à voter de différents hebdomadaires ou journaux, mais un appel à ne pas voter un candidat est une première. Le directeur du Monde appelle, en conséquence, à voter Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal.

En réalité Jean-Marie Colombani ne se prononce pas contre un candidat dans cet appel, il se prononce en faveur d’un paysage politique qui tend à être le nôtre depuis 1958 et qui est la bipolarisation. Estimant que la présence de Nicolas Sarkozy au second tour est pratiquement assurée (« la majorité sortante semble déjà sûre d’elle-même »), il souhaite retrouver face au candidat de l’UMP au deuxième tour, Ségolène Royal « pour assurer les chances d’un vrai choix » et la « grande confrontation de deux projets de société ». En effet, notre Vème République est ainsi faite (scrutin majoritaire à deux tours et présidentielle précédant les législatives d’un mois, dont le résultat les conditionne donc) que sous des airs de pluralisme, nous n’avons guère le choix que de voter au premier tour de l’élection présidentielle pour le PS ou l’UMP, et non pour celui dont on se sent le plus proche, afin de ne pas se retrouver les mains liés au deuxième tour à devoir voter pour le moins pire, comme en 2002.

Le fameux 21 avril a laissé des traces et pour ne pas le revrire, il faut se résigner, nous dit Jean-Marc Colombani : « Pour légitime que soit l’aspiration à la diversité, au « déverrouillage » du système politique, que reflète la multiplicité des candidatures au premier tour de l’élection présidentielle, celle-ci doit s’effacer devant un impératif démocratique ». Belle leçon de démocratie. Il est d’ailleurs étrange d’apposer au mot « impératif », l’adjectif « démocratique », comme si les életeurs devaient soumettre leur vote à des règles implicits. Autant inscrire dans la loi la présence unique de deux candidats à l’élection. Cependant c’est ce à quoi aspire la Vème République dans son essence et ce pour quoi elle a été fondée : la constitution de majorités fortes et pour ce, l’élimination des petits partis. Jean-Marie Colombani le reconnaît, « une recomposition politique, que ne permettent pas les institutions actuelles », mais ne semble pas s’en formaliser plus que ça puisque qu’il n’accordera à nos institutions, qui créent cet effet pervers de la démocratie, que ces quelques mots. Il préfère se résigner lui aussi et renoncer en un sens à la démocratie qui nous assure pourtant notre liberté de choix.

De plus, après nous avoir appelé à voter pour Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, Jean-Marie Colombani se livre à une longue critique de ce qu’a été la campagne des deux candidats. Il fustige « les allers-retours de Nicolas Sarkozy, se proclamant libéral avant de redevenir classiquement colbertiste » et les hésitations de Ségolène Royal qui « nous [conduisent] à ne plus trop prêter attention à ses premières annonces, pour attendre l’inévitable correction de tir qui ne manquerait pas de suivre. ». Il fustige également les thèmes de campagne qui ont « fait l’objet de propositions parcellaires » puis affirme que « le rapport des forces, dans le pays, semble assez nettement favorable à la droite (du moins si l’on se fie aux enquêtes d’opinion), les attentes principales – chômage, pouvoir d’achat – [étant] à gauche ». Pourquoi alors voter pour l’un ou l’autre de ces candidats puisque leur positionnement est imprécis, leurs propositions insuffisantes et puisque l’opinion, globalement favorable à la droite, dit-il, attend sur certains points des réponses de gauche ? Dans le même temps, il ne se base sur aucun argument programmatique pour justifier son appel à ne pas voter François Bayrou. Non, malgré tous les défauts que présentent les campagnes des candidats Sarkozy et Royal, il faut se laisser se faire guider par la main invisible de la Constitution de 1958 et se résoudre à voter pour l’un des deux. Même si l’on n’a rien à reprocher au troisième.

Etrange théorie sortant de la plume d’un démocrate et qui, plutôt que d’emporter l’adhésion, joue en la faveur de celui pour qui elle appelle à ne pas voter. Dénoncer cette tyrannie des deux camps à qui l’on signe des chèques en blanc à chaque élection et qui n’ont de cesse de s’affronter, François Bayrou l’a fait au cours de cette campagne et Jean-Marie Colombani, en ne se prononçant pour aucun des deux candidats, qui plus est en les critiquant, mais en rappelant que leur présence au deuxième tour est un « impératif démocratique », avoue implicitement que les électeurs ont les mains liés. Il veut tout simplement « éviter la désillusion et la colère qui naîtraient à nouveau d’un débat faussé, amputé », mais il oublie de parler de la désillusion et la colère d’après deuxième tour, celle d’une moitié de la France qui va se retrouver gouverner cinq ans par un camp dont elle rejette la politique.

Car c’est aussi ça la bipolarisation : l’existence de seulement deux camp favorise et encourage les antagonismes, c’est-à-dire les politiques que l’on impose et qui cherchent à prendre l’exact contre-pied du camp adverse, Là se trouve l’origine des tensions sociales qui minent notre pays depuis 25 ans. Pas une majorité qui ne soit reconduite depuis 1978, faut-il se demander pourquoi ? N’est-ce pas la preuve de l’existence d’un malaise ? Ne pas renouveler sa confiance à une majorité prouve que le système ne fonctionne pas et l’opposition droite-gauche qui était, à une époque, « la confrontation entre deux projets de société », comme le dit Jean-Marie Colombani, n’est plus, aujourd’hui, que le remplacement d’une majorité qui a échoué par une autre, et qui aura à cœur de remettre en cause toutes les décisions de ses prédécesseurs. C’est à ce titre que le PS propose de renationaliser EDF (mesure qui coûterait plusieurs milliards) ou de revenir complètement sur la réforme des retraites de 2003, et c’est à ce titre que l’UMP à supprimer la police de proximité et les emplois jeunes et à tenter d’abroger les 35 heures. Briser ce que l’autre à fait pour mieux imposer ses vues et contenter les 50 plus quelques pourcents d’électeurs qui ont voté pour vous. Gouverner pour une idéologie et non pas pour la France.

François Bayrou, au delà de son programme politique, a proposé de remédier à ce manichéisme qui divise la population, à la fois en agissant sur les institutions et en promettant la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Agir sur le système plutôt que de changer indéfiniment les hommes dont on sent bien qu’ils ne sont pas la cause de la crise, tant elle dure depuis longtemps, Jean-Marie Colombani s’y refuse et fait de ce refus la principale raison de son appel à ne pas voter François Bayrou. Il persiste dans son désir de bipolarisation et en montre dans le même temps involontairement les limites en appelant à voter pour deux candidats dont les campagnes ne l’ont pas satisfaites. La démocratie n’en est pas grandie.

R.C.

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Olivier Besancenot annonce que la LCR fera cavalier seul lors des législatives

Olivier Besancenot

Non contente d’arriver en ordre dispersé à l’élection présidentielle, la gauche antilibérale persiste et signe dans ses divisions suite aux déclarations d’Olivier Besancenot, candidat de la Ligue communiste révolutionnaire à la présidentielle, qui affirme, selon Reuters, qu’il y aura des candidats de la LCR dans « un maximum d’endroits ».

Visiblement les cafouillages de cette élection qui ont entrainé la présence de cinq candidats trotskistes, au détriment de la clareté du débat et d’une éventuelle force à constituer, n’ont pas raisonné les esprits. Bien au contraire, puisqu’il semble qu’aucune discussion n’ait encore eu lieu entre les différentes forces de la « gauche de la gauche », le premier tour n’étant pas passé, la LCR a déjà annoncé qu’elle ferait cavalier seule, à part « dans quelques coins » selon Alain Krivine, cité par Reuters.

Olivier Besancenot justifie ce choix en déclarant que « pour les législatives, il y aura les mêmes discussions et les mêmes éléments politiques à prendre en compte que pour les élections présidentielles ». C’est-à-dire possibilité ou non d’accords avec le PS. Le PC est pour, afin de profiter à son tour des voix du PS, là où le PC est majoritaire et ainsi maintenir ses élus. La LCR et LO sont contre. Cependant quelques portes sont laissées ouvertes : « La question de qui sort gagnant lors de la présidentielle aura beaucoup d’incidence » a affirmé le candidat de la LCR, toujours selon Reuters.

On prend les mêmes et on recommence, les législatives vont donner le même spectacle désolant qui s’est joué en décembre dernier au sein de la gauche antilibérale : l’intox, les menaces de retrait, de faire cavalier seul, etc. afin de faire plier l’autre. Ces gens-là ont de la ressource !

R.C.

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