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Archive for février 2007

Les habitudes politiques islandaises nous en apprennent beaucoup sur les nôtres

Etant étudiant à l’Université d’Islande depuis trois ans et ayant suivi et même participé à la vie politique étudiante islandaise, l’expérience m’a paru assez intéressante pour être relatée. La politique étudiante est, comme tout ce qui est étudiant, un modèle miniature de ce que la vraie vie offre en grand. Et la politique est le modèle par excellence de cette définition : tous les hommes politiques ont fait leurs classes dans les syndicats ou organisations étudiants. C’est vrai en France comme ailleurs. L’Islande , malgré sa situation géographique nous faisant croire qu’elle est à l’écart de tout, offre un exemple flagrant de cette politique universitaire cherchant à reproduire (les intéressés dans leur majorité réfutant cette affirmation) les modèles de la vie politique nationale. En France, la majorité des syndicats étudiants, tels l’UNEF et SUD, sont définitivement ancrés à gauche, voire à l’extrême gauche, et contribuent à cette tradition bien française dans la vie politique qu’est la « démocratie de rue » : les manifestations et autres coups d’éclat médiatiques comme moyen de pression sur le pouvoir.

A l’Université d’Islande, la principale université du pays, la situation est tout autre. Deux grands mouvements se disputent le pouvoir, Röskva et Vaka, le premier de gauche, le deuxième de droite (mais non-assumé), dans un consensus partagé et des similitudes programmatiques laissant l’électeur perplexe quant à l’utilité de son devoir de choisir l’une ou l’autre des listes. On est très loin de la révolte (voire révolution) permanente prêchée par les organisations étudiantes française, mais si proche dans ce sens que la vie politique universitaire dans chacun de ces deux pays est directement calquée sur la vie politique nationale. . Au fond, pourquoi y aurait-il des différences ? Les étudiants sont des électeurs comme les autres et ne sont pas si différents du reste de la population. En Islande, le concensus règne dans le pays, et ce depuis des décennies. Le concenssus règne donc également dans les affaires estudiantines. Mais comment alors expliquer que la vie étudiante soit l’objet de tant de batailles entre les partis, en Islande comme en France, les enjeux de ces élections outrepassant souvent un simple programme, une simple lutte pour des droits ?

Háskóli Íslands

Ces jours-ci ont lieu à l’Université d’Islande les élections au Conseil des étudiants et il est intéressant de comparer les programmes des deux principaux partis qui s’affrontent. Les programmes dans leurs grandes lignes sont les mêmes : pas d’augmentation des frais d’inscription, de meilleurs équipements pour les étudiants, un financement de l’Université plus important de la part de l’Etat, etc. Dans le même temps, les critiques que l’un et l’autre de ces mouvements s’adressent en sont d’autant plus virulentes. Cherchez l’erreur !

Ce qui ressort de ces joutes électorales ce n’est pas tant la recherche du bien public, même si celle-ci, il serait hypocrite de ne pas le reconnaître, existe. Ce qui ressort c’est que tout ceci n’est qu’une grande bataille d’individus pour s’assurer une place dans les hautes sphères de la politique ou des affaires. Les ambitions personnelles ne sont pas un mal en soit mais quand elles empiètent sur la qualité du débat public, il y a problème. L’existence d’uniquement deux partis, dont les scores sont à peu près identiques années après années, avec une marge flottante d’environ 10%, est l’assurance pour ceux qui s’investiront dans un camp, d’obtenir l’objet de leurs ambitions. Qui dit scores réguliers aux élections, dit postes réguliers à pourvoir pour les membres de chacun de ces partis. La multiplication de petits partis rendrait les résultats instables et imprévisibles d’une année sur l’autre et donc l’engagement des individus dans les mouvements plus incertain, n’étant pas forcément récompensé. A l’Université d’Islande, deux grands partis s’affrontent et offre le spectacle d’une politique exclusive, monopolisée par quelques personnes tant le système électoral empèche les petites formations de s’imposer.

Il est intéressant d’étudier la vie politique, étudiante comme nationale, d’un autre pays afin d’y discerner les similitudes, les différences, la présence des mêmes défauts ou qualités que dans la vie politique française. Ce que l’on peut retenir de l’exemple étudiant islandais, ce sont les méfaits du partisme. Le bipartisme existe dans de nombreuses démocraties à travers le monde. En France, on tend à y accéder. Ce n’est pas un régime, son existence n’est écrite dans aucune constitution, et c’est ce qui rend sournoise son action. Il donne l’illusion à de petits partis de pouvoir exister mais le mode de scrutin leur retire toute chance, un mode de scrutin imaginé et maintenu par les deux grands partis en tirant les bénéfices. On dit que ça marche très bien comme ça puisque ces deux partis se partagent le pouvoir, élections après élections. Mais on ne parle jamais de celui qui, dans son isoloire, glisse un bulletin autre que celui qu’il avait voulu : le fameux vote utile.

R.C.

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