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Archive for février 2007

Le documentaire de William Karel présente une face inquiétante de la politique étrangère américaine

CIA, Guerres secrètesFaire révéler au grand jour par les intéressés eux-mêmes, des anciens de la CIA, des guerres que l’Agence américaine de renseignement a organisé en sous-main pour déstabiliser des gouvernements allant à l’encontre des intérêts américains, c’est l’exploit qu’à réaliser le documentariste français William Karel avec ce documentaire en trois volets, CIA, Guerres secrètes : 1947-1977, Opérations clandestines, 1977-1989, La fin des illusions et 1989-2003, D’une guerre à l’autre.

Le documentaire se base sur des entretiens réalisés avec d’anciens directeurs de la CIA (Richard Helms, Stansfield Turner, R. James Woolsey…) et d’anciens agents de terrain (Robert Baer, Richard Holm…). Et tous avouent ce que tout le monde savait déjà mais qui n’a jamais été officialisé par l’administration américaine : que depuis sa création après la Deuxième Guerre mondiale, la CIA s’est livrée à de nombreuses opérations de déstabilisation de gouvernements étrangers, au mépris des lois internationales contre l’ingérence et d’une certaine morale qui voudrait que les peuples soient souverains en leur pays. Certains des intervenants dénoncent ces méthodes, comme les coups d’état provoqués au Chili pour destituer le nouveau gouvernement socialiste de Salvator Allende, en Iran pour installer le Chah en lieu et place du premier ministre socialiste Mossadegh, ou récemment au Venezuela pour tenter, sans succès, de placer un président plus soucieux des intérêts pétroliers américains que Hugo Chavez, mais certains autres des intervenants, et c’est le plus effrayant, n’affichent aucune gêne vis-à-vis de ces actes qu’ils ont souvent appelé de leurs vœux et livrent une analyse froide et cynique de ce qui a été réussi ou de ce qui l’a été moins, comme le débarquement dans la Baie de Cochons à Cuba en 1960 pour tenté un coup d’état contre Castro.

Car ce documentaire, bien qu’étant spécifiquement consacré à la CIA, expose ce qu’est vraiment la politique étrangère des Etats-Unis. Sans vouloir par ailleurs nier les efforts et les accomplissements des Etats-Unis en faveur de la paix partout dans le monde, on peut tout de même discerner dans la politique étrangère de cette hyperpuissance un souci constant de protéger ou promouvoir les intérêts nationaux, et ce, parfois au détriment de la paix ou du développement. Ces « guerres secrètes » sont les exemples ultimes de cette attitude et ce qui choque est que les officiels ne s’en cachent pas. Ceux que l’on voit dans le documentaire comme ceux en place à l’heure actuelle (Donald Rumsfeld ou George Bush) admettant qu’ils n’avaient aucune preuve quant à la présence d’armes de destruction massive en Irak. C’est le syndrome du pays hyperpuissant, dont il sait que sa puissance et son influence le protège de toute représaille. En 2003, l’administration Bush a décidé de se passer de l’ONU pour attaquer l’Irak, violant ainsi les lois internationales. Les retombées ont été bien faibles, pour ne pas dire inexistantes, quand on sait que l’Irak a été envahie afin de stopper son invasion du Koweït. Le documentaire nous en dit autant sur les dessous pas toujours reluisant de la CIA que sur la domination américaine dans le monde. De nombreux pays, dont la France la première, ont agi en sous-main, dans l’ombre, à l’aide de méthodes pas toujours démocratiques pour préserver des intérêts à l’étranger, mais qui oserait l’avouer de façon si explicit ?

R.C.

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Des étudiants organisent des simulations du Conseil de sécurité des Nations Unies

Les Models United Nations, couramment appelés MUN, et que l’on pourrait traduire vulgairement en français par « Les Nations Unies en modèle réduit », sont des conférences tenues dans de nombreuses universités à travers le monde, organisées par des étudiants pour d’autres étudaints pouvant venir de tout pays, et qui consistent en une simulation de différents conseils ou comités des Nations Unies. Le plus souvent il s’agit du Conseil de Sécurité, mais quand le nombre de participants le permet, on peut avoir aussi le Comité des droits de l’Homme, la Cour internationale de Justice, etc.. Chaque étudiant participant fait partie d’une délégation représentant un pays, la règle courante voulant qu’il ne représente pas le pays d’où il vient, ouverture d’esprit oblige, et va représenter ce pays, ses intérêts, ses positions réels sur le sujet débattu, comme la vraie délégation l’aurait fait au vrai Conseil de Sécurité.

Février 2006, Model United Nations à Helsinki en Finlande
Février 2006, Model United Nations à Helsinki en Finlande

Le principe des MUN est simple et pas nouveau (« jouer à faire les grands », un principe vieux comme le monde) mais remporte un succès à l’augmentation exponentielle, si l’on considère chaque année l’augmentation du nombre de participants et le nombre de nouvelles associations créées pour organiser ces conférences. D’ailleurs, signe qui ne trompe pas, les hommes politiques s’y intéressent de plus en plus, organisant réceptions et rencontres avec les apprentis diplomates. Concept simple et succès florissant : D’où vient que cette alchimie fonctionne ? Peut-être de la nature même des Nations Unies.

Cette organisation, créés en 1948 après la guerre pour préserver la paix et qui a su traverser la Guerre froide sans trop d’encombres, se retrouve aujourd’hui critiquée de toutes parts : trop opaque, trop inefficace et trop lente face aux nouvelles menaces telles que le terrorisme, et surtout trop « diplomate ». Le grand public se moque souvent de ce que les Nations Unies soient le théâtre de discussions vaines et interminables entre délégations sur des points de détails alors que tout le monde admet que ce que l’on recherche est la paix et la survie des populations pauvres. Les MUN ont cet atrait de faire plonger ses participants au cœur de la vraie diplomatie onusiennes et le fait que les délégations soient obligés de respecter les vraies positions des pays qu’ils représentent fait voler en éclats les préjugés et les déviances vis-à-vis de cette organisation. Parce qu’être maître de sa politique sans tenir compte du pays que l’on représente serait dénaturé complètement l’objectif de cette simulation, ce serait rester nombriliste, garder les filtres culturels qui nous font voir le monde d’une certaine manière, plutôt que d’essayer de le voir à travers les intérêts d’un autre pays.

De fait, tous les états du monde veulent la paix, le développement économique, stopper la misère, les maladies mais les grands enjeux se trouvent dans les moyens d’y parvenir. Quand les Etats-Unis affirment que l’ouverture des frontières des pays en voie de développement et la libéralisation des marchés est la seule réponse au développement économique, l’Union européenne préfère quant à elle l’aide au développement. Quand le Rwanda est à feu et à sang, plongée dans un génocide qui coûta la vie à près d’un millions de civiles, les Etats-Unis, fraîchement défaits à Mogadiscio en Somalie, refusent de fournir des hommes et du matériel pour une opération de maintien de la paix, et la France, la Chine et la Russie considèrent qu’il s’agit d’une affaire interne, le droit d’ingérence interdisant toute action. Même buts mais méthodes différentes et manières différentes d’envisager les problèmes selon son degré d’implication. Quand par exemple la Russie prône, au côté des rebelles, l’indépendance de l’Ossétie du Sud en Géorgie, ce sont 50 ans de colonisation et des intérêts toujours bien présents qui prévalent. Il est plus facile d’invoquer les valeurs humanistes d’indépendance et de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes depuis la France que de voir la complexité de l’histoire longue et tourmentée de cet ancien satellite soviétique. Non pas qu’il faut accepter la présence russe en Géorgie mais la connaissance de tous les enjeux dans ce conflit apporte un regard plus nuancé sur les compromis auquels peut aboutir le Conseil de sécurité.

Les MUN forcent les participants à se rendre compte de ces enjeux, leur font voir que la diplomatie est une science savante où il s’agit d’avancer ses pions sans froisser ses interlocuteurs et en tenant compte de facteurs historiques, culturels, économiques et sociaux présents lors d’un conflit. Tout le monde partage les mêmes valeurs humanistes mais ce ne sont pas elles qui écrivent les résolutions, et après une semaine de ce jeu complexe de la négociation, le représentant dans sa délégation ne saura que trop bien que la paix entre les peuples s’obtient au prix du compromis et de la compréhension mutuelle, qu’importe le temps que cela prenne. Dans ces temps critiques pour l’Organisation des Nations Unies, les MUN pourrait être le remède à l’incompréhension et au scepticisme de l’opinion publique et poser une question essentielle : Qui peut mieux que les Natons Unies nous assurer la paix ?

R.C.

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Une vidéo diffusée sur Internet dévoile les intentions de vote d’Alain Duhamel

Vendredi dernier, le journaliste politique Alain Duhamel a décidé de suspendre ses activités à la radio sur RTL et à la télévision sur France 2 suite à la diffusion sur Dailymotion d’une vidéo tournée à Sciences Po Paris lors d’une conférence. Dans cette vidéo, où il parle de François Bayrou et de sa campagne, Alain Duhamel déclare qu’il « aime bien » le président de l’UDF et qu’il va voter pour lui. Tollé. La vidéo est vue par plus de 100 000 internautes en moins de deux semaines et Alain Duhamel est obligé de venir s’expliquer sur l’antenne de sa propre radio et d’annoncer qu’il suspend ses activités journalistiques le temps de la campagne, en accord avec ses supérieurs, sa neutralité étant mise en cause.

Depuis ce retrait de nombreux journalistes sont montés au créneau pour défendre Alain Duhamel et fustiger le politiquement correct qui interdirait aux journalistes d’exprimer leurs opinions. On peut comprendre l’émotion de ces journalistes et du public étant donné la longétivité d’Alain Duhamel dans les médias (plus de trente ans) et le respect dont il jouit au sein de la profession. Cependant, comme il l’a lui-même avoué, ses éditoriaux et ses interviews auraient été forcément analysés à la lumière de sa prise de position. Son retrait était alors nécessaire. Pourquoi alors Béatrice Schoenberg, épouse de Jean-Louis Borloo, et Marie Drucker, compagne de François Baroin, devraient arrêter la présentation de leurs journaux télévisés respectifs le temps de la campagne, alors qu’Alain Duhamel pourrait rester en place ? De plus, elles n’ont jamais exprimé publiquement leurs opinions, c’est leur affinité avec des hommes politiques qui est en cause. Alain Duhamel, lui, a été beaucoup plus explicit. On n’a pas beaucoup entendu les journalistes qui soutiennent Alain Duhamel sur les cas Béatrice Schoenberg et Marie Drucker.

On se plaint du politiquement correct, de journalistes sans opinions, mais quelle serait la situation si tous les journalistes les revendiquaient ? On aurait des chaînes de droite , comme Fox News aux Etats-Unis, et des chaînes de gauche roulant pour le pouvoir suivant la tendance du gouvernement. Des journalistes comme Jean-François Kahn ou Yves Michaux se plaignent de ce que les médias roulent pour Nicolas Sarkozy (sans pour autant avoir de preuves) et y voient un danger pour la démocratie. Que dirait-on si ces soutiens médiatiques au candidat de l’UMP étaient revendiqués ? On s’insurge devant un cas de suspension d’un journaliste alors qu’il est clair qu’aucun citoyen, intellectuel ou homme politique ne souhaiterait que les journalistes révèle leur vote. Nous devrions être fier que nos médias soient si soucieux de leur indépendance et cherchent plus que tout à délivrer une information non-partisane, même si cela donne l’impression parfois que l’information est trop lisse à force de vouloir être neutre.

Par ailleurs Alain Duhamel a regretté lors de son entretien avec Jean-Michel Aphatie sur RTL que ses « propos privés » se retrouvent en public. C’était lors d’une conférence à Sciences Po ouverte aux élèves, pas lors d’une conversation entre amis. Qu’y a-t-il de privé là-dedans ?

R.C.

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Extrait

L’influence de la politique sur nos vies

« It really makes a difference to our lives whether we are governed well or badly. We cannot turn our back on politics, retreat into private life, and imagine that the way we are governed will not have profound effects on our personal happiness. […] If any reader fails to recognize this straight away, it is perhaps because he or she is living under a relatively stable form of government where not much changes from year to year. One party replaces another at election time, but the switch only makes a marginal impact on most people’s lives (though politicians like to pretend otherwise). »

David Miller, Political Philosophy, A Very Short Introduction (2003)

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La série 24 ouvre une réflexion sur la légitimité des services spéciaux

Jack Bauer24 est une série américaine dont le succès depuis la diffusion de la première saison en 2001 n’a fait que grandir. L’originalité de cette série est que chaque épisode se déroule en temps réel, une heure environ, et donc qu’une saison de 24 épisodes représente une journée de 24 heures. Et qui dit temps réel dit suspense maximal. Vingt quatre heures, c’est le temps qu’il faut dans chacune de ces saisons à l’agent Jack Bauer de la CAT, Cellule anti-terroriste de Los Angeles, pour contrer des tentatives d’attaques terroristes sur le sol américain. Mais ce récapitulatif n’a probablement que peu d’utilité tant la série, diffusée sur TF1 et Canal + en France, connaît de succès.

Des millions de morts dus à l’explosion d’une bombe nucléaire ou à la propagation d’un virus mortel, des conspirations ou des tentatives d’assassinat du Président des Etats-Unis, c’est ce que la CAT doit empêcher dans des délais très courts, et pour ce, utiliser tous les moyens possibles, y compris ceux des terroristes eux-mêmes : meurtres, chantage, enlèvements, exécutions, etc. C’est ce qui fait la force de la série : A la différence des séries policières classiques, dans 24, aucune règle de procédure, aucun juge, aucune morale ne régissent les méthodes employées par les agents de la CAT, l’urgence et le sérieux des situations autorisent toute les actions, et ce n’est pas là de la fiction délirante. Quand pour sauver des millions de vies ou la tête de l’Etat, l’armée et les agences anti-terroristes doivent outrepasser les lois.

La saison 3, dans laquelle la cellule doit déjouer une attaque bactériologique, est tout particulièrement significative de ce « no-rule’s land » qui encadre l’action anti-terroriste, de ces opérations secrètes et non-officielles qui outrepassent toutes les lois pour le bien commun. On apprend par exemple que l’agent Jack Bauer a infiltré pendant plusieurs mois un réseau de trafiquant de drogues, devant lui-même consommer de l’héroïne pour prouver sa bonne foi et devenir l’un des leurs. Plus tard, dans l’épisode 5, cédant au chantage des terroristes qui menacent de propager le virus, la cellule décide de libérer l’un des trafiquants de drogue dont Jack Bauer avait infiltré le réseau. Episode 17, Ryan Chappelle, l’un des responsables de la cellule est exécuté, exigence des terroristes qui sont en position de force car toujours en possession du virus. Enfin épisode 20, la fille du terroriste est enlevée afin de le faire chanter et renoncer à ses plans meurtriers. Consommation de drogue, libération de prisonniers, exécution d’un agent, enlèvement et chantage. Des méthodes que l’on ne connaît pas au comissaire Navarro.

Des méthodes criminels que la série justifie par la course contre la montre pour sauver les millions de vies civiles menacées et qui place le téléspectateur face à cette question : Jusqu’où va l’Etat de droit et à quelles conditions peut-on y renoncer ? Les millions de vies ou le droit ? La tension créée par ce dilemne tiraille le spectateur tout au long de la série et tiraille les personnages eux-mêmes, tout particulièrement épisode 17, lorsque l’on doit exécuter Ryan Chappelle, agent de la cellule. La scène de l’exécution est un climax de la saison 3 : A quoi pense Jack Bauer, tenant en joue son collègue ? De longues secondes s’écoulent pendant lesquelles on sent le déchirement du super-agent et l’on espère qu’il n’appuiera pas sur la gachette tant la situation est irréelle : un agent prêt à exécuter son collègue sur ordre de terroristes. Mais l’exécution a lieu et tant mieux pour la série, les scénaristes repoussent les limites toujours plus loin et poussent ainsi la réflexion. De même, dans toutes les saisons, les agents de la CAT utilisent largement la torture afin de faire avouer des suspects, notamment dans la saison 4, diffusée à la même époque où éclate le scandale de la torture de la prison d’Abu Ghraib. Si les faits s’étant déroulé en Iraq sont jugés par tous inhumains, le téléspectateur devant la série a-t-il toujours eu son regard critique face à la torture ou s’est-il laissé aller à l’ampathie pour Jack Bauer et sa bande ?

24 donne donc un vrai regard de l’intérieur sur ces forces spéciales agissant en dehors de la loi lorsque des milliers de vie sont en jeu ou pour raison d’état. Les responsables politiques sont la plupart du temps au courant, voire prennent ces décisions eux-mêmes. Le problème de l’illégalité de ces méthodes se pose lorsque ces agissements se retrouvent sur la place publique comme pour le scandale D’Abu Ghraib. Un gouvernement qui représente l’état de droit ne peut cautionner des actes illégaux et donc, même s’il a connaissance ou a pris la décision lui-même, nie la plupart du temps, même mis en présence de preuves, et essaiera par tous les moyens d’étouffer l’affaire. Sans pour autant cautionner l’utilisation de la torture ou autres méthodes criminelles pour la lutte contre le terrorisme ou contre le grand banditisme, on peut tout de même se demander si l’utilisation de ces méthodes n’est justifiée dans certains cas. 24 se place du côté de ces hommes qui agissent dans l’ombre alors que l’opinion publique, dans la réalité, est toujours du côté, sans cependant critiquer ce fait, du côté du droit. Il est bon de rééquilibrer la balance pour mieux juger

Alors, droit ou « tous les moyens sont bons » ? Il n’y a pas de réponse simpleà ce débat. Il y a une république dont les lois qui la régisse doivent être inébranlables et sont son fondement, sans quoi leur non-respect par l’Etat, celui-là même qui les édicte, serait créateur de trouble et d’un ressentiment d’injustice. Dans le même temps, il y a des causes, comme la sécurité d’une population ou la stabilité de l’Etat, pour lesquelles il serait hypocrite de dire qu’il ne faut pas se battre « à n’importe quel prix ». Où est alors la frontière entre cause qui justifie et cause qui ne justifie pas ? Là encore, il est difficile de trouver une réponse. S’agissant d’une enquête policière visant à contrer une attaque terroriste, comme dans 24, il n’existe que des soupçons et des suspects, donc pas de circonstances réelles justifiant l’implication de forces spéciales ou de méthodes « spéciales ». La seule réponse qui ait été trouvée à ce questionnement est le secret et la négation en cas de révélation au grand public. Les hauts placés et autres responsables politiques décident donc en leur âme et conscience, s’exposant aux retombées mais tentant de sauver des vies humaines.

R.C.

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Un entretien fleuve avec François Bayrou par le PoliTIC’Show

Internet permet ceci : échapper aux formatages des médias traditionnels. Et le format vidéo est tout particulièrment visé en ce sens qu’il échappe aux contraintes de durée, de rythme, de temps qui régissent habituellement le média télévision.

C’est ce qu’ont compris les concepteurs du PoliTIC’Show, les deux blogreporters, comme ils aiment à s’appeler eux-mêmes, Nicolas Voisin et Julien Villacampa, en réalisant ici un long entretien avec François Bayrou sur sa vision de la politique et son projet pour l’élection présidentielle. Au début de la vidéo, le blogreporter annonce que l’entretien durera une heure. Il en durera trois. Et son intégralité est tout de même diffusé, chose impensable à la télévision où les surplus passent aussitôt sous la coupe impitoyable du montage.

Le résultat est un peu débridé mais diablement libérateur pour le téléspectateur habitué aux débats politiques calibrés, segmentés et rythmés de la télévision. Dans cet entretien, on passe souvent du coq à l’âne pour en revenir plus tard au coq, Bayrou s’amuse souvent du journaliste qui veut lui faire donner des réponses courtes alors qu’on connaît son style rhétorique si caractéristique : faire des blancs pour réfléchir, appuyer chaque mot dans une lenteur qui fait s’arracher bien des cheveux dans les rédactions politiques des chaînes de télévision, et on ne comprend pas toujours où les deux hommes, l’intervieweur et l’interviewé, veulent en venir, mais au moins on regarde le candidat de l’UDF dans les yeux. Dans un entretien de trois heures, il est difficile de tenir sur des méthodes de communication. Peut-être au début mais le naturel reprend tôt ou tard le dessus. Et c’est ça qui fait la force de ce programme.

R.C.

* Voici la première partie de cet entretien qui en compte treize. Pour voir les autres parties, rendez-vous sur le site de Dailymotion

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L’hystérie médiatique s’empare de la campagne, au risque de la déservir

Depuis presque 6 mois, la campagne électorale pour l’élection présidentielle est lancée. Et il reste plus de trois mois de campagne. Une campagne d’une dizaine de mois en tout depuis que le premier candidat principal à l’élection, qui est une candidate, Ségolène Royal, a été officiellement désigné par son parti en novembre dernier. Sans compter les mois de campagne interne au parti socialiste et l’affirmation depuis cinq ans des ambitions de Nicolas Sarkozy.

Depuis le début de l’année, on critique Ségolène Royal de ne pas avoir de programme, on se plaint de ce qu’on ne puisse pas débattre de ses idées et de son projet. On presse les grands candidats de chiffrer leur programme. A peine désignés, on leur demande leur avis sur tout. « Combien cela va-t-il coûter ? Quel est votre position concernant les sans-papiers, la situation au Darfour ou le déficit de l’Etat ? » Voilà ce que l’on peut voir à la télévision, entendre à la radio ou lire dans les journaux tous les jours depuis les six derniers mois. Aucune pause, les médias dictent le calendrier et imposent les thèmes. Peu importe que la candidate socialiste ait décidé d’organiser des débats participatifs qui aboutiraient à la construction de son programme et à sa présentation le 11 février. On préfère la taxer de sans-programme plutôt que d’attendre jusqu’à cette date. Les médias dictent le calendrier et ne veulent pas attendre.

Mais il ne faut pas tomber dans le piège d’une dénonciation globalisante des médias. Les médias ne sont pas un être homogène qui agit d’une seule voix, au contraire, chaque journal, chaîne de télévision ou station de radio a ses tendances et son indépendance, comme Jean-François Kahn dans son dernier livre, Les Bullocrates, semble le réfuter. Chacun a ses caractéristiques mais tous courent derrière une seule et même chose : l’audience. Car la campagne électorale fait vendre. Autant celle de 2002 avait laissé les électeurs, donc les médias, plus que perplexes (mêmes candidats qui n’avaient pas résolus les difficultés du pays les 5 années précédentes), autant celle de 2007 déchaîne les passions (nouvelle génération de candidats, nouveaux espoirs). Ce déchaînement des passions est compréhensible et très sain pour la démocratie mais il devient emballement quand les médias dictent eux-mêmes ce que les hommes et femmes politiques doivent dire et quand ils doivent le dire.

Ce problème est par ailleurs difficible à résoudre étant donné la multiplicationdes diffuseurs. Pris dans l’engrenange de la concurrence aucun journal, aucune chaîne de télévision ou station de radio ne va lâcher du lest sous prétexte qu’il n’y a rien à dire. Les chroniques dans la presse écrite ou les émissions à la radio et la télévision ont leur quotidienneté et ils faut bien trouver les sujets qui rempliront les cases. Ainsi on se retrouve une pleine semaine pris dans l’affaire des RG ou dans le débat sur le patrimoine des candidats. Questions à poser mais ne méritant pas les gros titres des semaines durant. Campagne de « caniveau » car personne n’a le courage de dire à son antenne ou dans ses colomnes qu’aujourd’hui il n’y a rien à dire sur le campagne présidentielle. Candidats piégés dans cet emballement, au risque de faire mauvaise figure et de baisser dans les sondages s’ils veulent en sortir (les médias représentent l’opinion et celui qui s’en prend aux médias s’en prend à l’opinion, équation cruelle). Doit-on ne plus espérer que tout ceci finisse au plus vite ?

R.C.

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