Les élections législatives du 6 mai 2012 ont provoqué un chaos politique. Ingouvernable, la Grèce pourrait retourner aux urnes dans un mois. L’Europe s’inquiète.
Les négociations pour l’élaboration d’un gouvernement de coalition se sont poursuivies à Athènes. Après Antonis Samaras (Nouvelle Démocratie), Alexis Tsipras (SYRIZA), ce fût au tour du leader du PASOK Evangelos Venizélos qui s’est évertué à former un gouvernement. Même si un relatif optimisme est survenu jeudi 10 mai, les discussions ont été ténues. L’option retenue avait été la création d’une coalition se composant du parti Nouvelle Démocratie, du PASOK et de la Gauche démocratique, dirigé par Fotis Kouvelis. Fragile cette coalition tripartite avait l’avantage de posséder la majorité parlementaire pour diriger les affaires du pays.
Mais une telle configuration rendait difficile la gouvernance politique de la Grèce. Pour éviter le prix d’une sortie de la zone euro, les dirigeants grecs ont éprouvé des heures de discussion afin de trouver un terrain d’entente malgré la forte résistance de SYRIZA et du KKE (parti communiste stalinien). Quant à Chrysi Avgi, Aube dorée, le parti néonazi a été clairement mis en quarantaine. Aucune formation politique grecque ne souhaite discuter avec ce parti. Avec près de 7% des voix, l’Aube dorée est sur le point d’entrer avec fracas au Parlement avec 21 sièges.
Peut-on encore sauver le soldat grec ?
L’échec avéré d’Evangelos Venizélos est sur le point de provoquer de nouvelles élections législatives à brève échéance. Cette incertitude renforce le sentiment que la Grèce est en train de lâcher prise. Son retrait de la zone euro n’est plus un tabou. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a ouvertement indiqué que le départ de la Grèce de la zone ne causerait pas de graves incidences pour la stabilité des autres pays de la zone euro. D’autres leaders européens se sont également exprimés dans ce sens préparant ainsi les marchés financiers à ce choc que l’on redoutait il y a encore quelques mois.
Si cette décision devait être actée dans les prochaines semaines, les conséquences mêmes minimisées fragiliseraient les États sudistes de la zone euro. Psychologiquement, le retrait d’un pays de la zone euro serait perçu très négativement par les marchés. L’effet en cascade serait difficile à interrompre puisque la confiance dans la solidarité européenne en serait inéluctablement minée. Concomitant à ces propos rassurants des dirigeants européens, ces derniers renouvellent leur pression sur la classe politique grecque. Ils exigent que les politiques grecs prennent leur responsabilité en respectant l’application des mesures prises dans le Mémorandum visant à restaurer l’équilibre des finances publiques.
Or, le vote de l’électorat grec est dissonant. Il rejette les mesures d’austérité qui sont appliquées depuis près de trois ans. L’effondrement du PASOK et de Nouvelle Démocratie constitue un bouleversement politique majeur pour la Grèce depuis la chute de la dictature des colonels en 1974. Ainsi, les mouvances anti-austérités représentent près de 60% des votants lors de ces élections législatives. Désormais, la crise n’est plus seulement financière, économique ou sociale mais également politique.
Alexis Tsipras attend son heure
La véritable révélation de ces élections est l’émergence du leader de la Coalition de gauche, Alexis Tsipras. À trente-sept ans, il représente une force vive de l’échiquier politique grec. SYRIZA est au centre du jeu politique du pays, son positionnement anti-austérité l’a rendu très populaire auprès d’une partie de la population qui a vu son pouvoir d’achat s’effondrer si ce n’est complètement disparaître. Même s’il apparaît très télégénique, le programme qu’il défend entre en contradiction avec l’orientation politique prise par le gouvernement ces dernières années. Même s’il affirme que la Grèce doit conserver sa place au sein de la zone euro, il exige une révision complète des mesures appliquées. De surcroît, il soulève la question de la légalité de la dette qui accable le pays.
Cette remise en cause quasi-généralisée des recommandations de l’Union européenne et du FMI n’est pas d’ordre à rassurer les investisseurs étrangers sur l’avenir. Dans l’optique d’une nouvelle élection, Alexis Tsipras mènera probablement une campagne offensive à l’encontre de la droite conservatrice (ND). Si SYRIZA veut diriger un futur gouvernement, le parti doit arriver en tête. En effet, le parti qui arrive en tête lors des suffrages obtient une prime automatique de cinquante sièges. La Nouvelle Démocratie est arrivée en tête avec 18,85% des voix exprimés contre 16,78% pour SYRIZA. Tout l’enjeu de cette nouvelle échéance électorale à court terme est l’orientation que choisira l’opinion publique grecque. La clé du vote se situera sur les scores obtenus par la Nouvelle Démocratie et SYRIZA. Un vote similaire entraînerait le pays dans un chaos institutionnel indescriptible. La question du retour à la drachme ne devrait plus être éludée dorénavant. Jusqu’à présent, les Grecs restent favorable à la monnaie européenne.
Aube dorée, sombres ténèbres
Autre donnée essentielle concerne l’évolution de l’électorat de l’Aube dorée. Les observateurs scruteront l’évolution du score du parti néonazi qui a connu une ascension fulgurante en l’espace de quelques mois. Certains observateurs estiment que le score de Chrysi Avgi résonne comme un avertissement sans frais à l’encontre des partis traditionnels et ne serait pas suivi d’effet dans le cas de nouvelles élections. Cependant la poussée de fièvre épidermique et donc éphémère n’est pas garantie. Les actions sociales et sécuritaires dans les grandes villes grecques, notamment dans de nombreux quartiers d’Athènes, ont assis une relative popularité de ce parti.
La filiation au nazisme était explicitement revendiquée avant un toilettage public ces dernières années. Afin d’accroître son auditoire, l’Aube dorée a multiplié les actions violentes à l’encontre des populations immigrées. À l’issue des résultats, son leader Nikolaos Michaloliakos a clairement menacé la classe politique traditionnelle. En pointant du doigt les « traîtres » de l’intérieur et de l’étranger, l’Aube dorée s’inscrit parfaitement dans la tradition historique de l’extrême-droite. Sa percée électorale brise un tabou pour l’ensemble du continent européen. Alors que le populisme de droite connaît un succès relatif dans de nombreux pays, l’Aube dorée adopte une stratégie claire. Leur posture idéologique ne peut tromper personne. S’ils entrent effectivement au Parlement hellénique, l’Europe n’aura pas su empêcher ce qu’elle était censée prévenir. Les fascismes européens et la Deuxième Guerre mondiale sont une résultante directe de la construction européenne. Si les néonazis reviennent par la porte athénienne, l’Europe aura échoué.
F.V.





