Le Parlement grec a donc adopté dans la nuit de dimanche à lundi un nouveau train de mesures afin de débloquer l’aide de 130 milliards d’euros. Le pays s’enfonce dans la crise.
Après d’intenses débats, de nombreuses vicissitudes, la classe politique grecque a donné son blanc seing aux nouvelles mesures d’austérité. Alors que les parlementaires débattaient, Athènes était en feu face à l’importante manifestation des Grecs réunissant plus de 100 000 personnes.
Durant cette nuit sous tension, 199 parlementaires ont approuvé par un lancinant « ναί » (‘naí’ – oui) le plan du gouvernement grec dirigé par Lucas Papademos ; tandis que 76 autres députés se sont rebellés et ont voté contre. Ce plan prévoit de restreindre sévèrement dans le budget des ménages grecs. L’une des mesures phares est la basse de 20% du salaire minimum. Cette baisse amènera le salaire minimal net à 480 euros alors que la baisse de ce salaire et de 32% pour les moins de 25 ans. Le plan s’attaque également à la fonction publique avec la suppression programmée de 15 000 postes.
Pendant ce temps-là, la population manifestait leur colère et leur rage face au « diktat » de la Troïka. Ces derniers mois, les Grecs semblaient résigner du sort qui leur était réservé face aux pressions de l’Union européenne, de l’Allemagne et du Fonds Monétaire International (FMI). Mais la paupérisation accélérée de la population est devenue insupportable plongeant celle-ci dans un réel traumatisme psychologique. L’évolution de la condition socio-économique des Grecs donne du crédit à la thèse de Naomi Klein avec son ouvrage La Stratégie de choc (2007). Un choc tel que la population s’est retrouvée tétanisée par la violence des mesures imposées.
Désormais, la crise économique et financière est aussi politique et sociale ; la classe politique se déchire. Les communistes et l’extrême-droite, emmenée par le LAOS, attendent de pied ferme les élections du mois d’avril. En effet, le gouvernement a annoncé la tenue d’élections anticipées afin de calmer la colère populaire. Mais l’accélération du calendrier électoral pose quelques questions concernant l’application des réformes adoptées. Il reste désormais un mois et demi pour le Premier ministre Lucas Papademos et son équipe pour mettre en place toutes les dispositions juridiques et administratives requises. L’Union européenne veille de près alors que l’Allemagne maintient la pression sur la Grèce. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble a jugé « incontournable la baisse du salaire minimum ». Les Allemands estiment que les coûts salariaux sont trop élevés en Grèce afin de « libérer les forces productives ». Des commentaires qui seront largement appréciés par la population grecque.
En effet, l’une des évolutions constatées au sein de la population, c’est le sentiment anti-européen qui est en train de se diffuser. L’Allemagne est largement prise pour cible, accusée d’étrangler une population à bout de souffle. Le coût humain de ce sauvetage est assez lourd. Le pays est plongé dans une interminable récession, le chômage est à 21%. Les cures d’austérité qui se succèdent ne fait que renforcer cette spirale du désespoir. Les PME ferment les unes après les autres. Dans les grandes villes grecques, les commerces baissent le rideau, alors qu’une partie de la population retourne à la campagne, comme dernière bouée de survie. D’autres qui en ont les moyens choisissent le chemin de l’exil en Australie ou… en Allemagne.
Le chaos en Grèce pourrait sonner la disparition, du moins la marginalisation, des deux partis principaux grecs, la Nouvelle Démocratie et le PASOK. Par conséquence, la recomposition du paysage politique dans son ensemble est probable entre un mouvement pro-européen, porté par ces deux partis, et un autre franchement hostile à l’UE. Ces élections vont intervenir dans un climat détestable, où le populisme et le sentiment nationaliste risquent d’être le grand gagnant de ces prochaines échéances.
L’entêtement de l’Allemagne à imposer à la Grèce des mesures d’austérité sans offrir aucune perspective à sa population est devenu un problème. Faire de la Grèce un exemple pour les autres pays qui connaissent des difficultés, comme le Portugal, soulève quelques inquiétudes. Les autorités politiques tant grecques qu’européennes s’arqueboutent à garder la Grèce dans la zone euro. Une telle stratégie qui ressemble à une fuite en avant, le retour à la drachme étant perçu comme une véritable catastrophe, pourrait provoquer un tremblement de terre plus important. Cette fois les fondements mêmes de la construction européenne pourraient être touchés. L’avenir de l’Europe se joue à Athènes, berceau de sa civilisation…
F.V.




