Suite à la mutinerie des policiers, Mohammed Nasheed a immédiatement démissionné de la présidence du pays. Quel avenir pour ce petit archipel ?
Arrivé au pouvoir en novembre 2008, Mohammed Nasheed n’a pas résisté aux protestations qui se sont succédé ces dernières semaines. Tout démarre par l’arrestation à la mi-janvier du président de la Cour criminelle, Abdulla Mohammed. Ce dernier est accusé par le président sortant de corruption en favorisant des figures de l’opposition. Mais le président démissionnaire a du affronter l’opposition de la Cour suprême et du procureur général. Le vice-président, aujourd’hui président intérimaire, Mohammed Waheed Hassan, s’était également prononcé contre cette arrestation.
Les troubles qui se sont succédé ces dernières semaines ont eu raison de Mohammed Nasheed. Le héros de la cause climatique a abdiqué face à ce scandale. Accusé de dérive autoritaire, il a choisi de laisser sa place pour éviter une confrontation dangereuse dans les rues. Chouchou des puissances occidentales, Mohammed Nasheed a même anticipé son départ alors qu’une délégation des Nations unies est attendue dans les prochains jours. Mohammed Waheed Hassan, premier Maldivien docteur de l’université de Stanford, a dorénavant la lourde charge de ramener le calme dans une démocratie encore bien fragile.
Maumoon Abdul Gayoom, un opposant bien gênant
Bien qu’il soit encore trop tôt pour donner tout pronostic sur l’évolution de l’échiquier politique, la démission surprise du fondateur du Parti Démocrate Maldivien redistribue les cartes. Dans ce paysage, un homme trouble la sérénité de la vie politique du pays ; l’opposant Maumoon Abdul Gayoom a été durant ces dernières semaines le plus en pointe pour dénoncer la dérive de l’ancien président. Or le leader de l’opposition a régné pendant trente ans sur l’archipel (1978-2008) de manière autocratique. Jusqu’aux premières élections de 2008, Maumoon Abdul Gayoom renouvelait ses mandats sans opposition.
Sa manœuvre, alors qu’il est accusé par l’opposition et les associations des droits de l’homme d’avoir dirigé le pays d’une main de fer, peut être perçue comme une nouvelle intrusion décisive sur la scène politique du pays. En outre, sous sa présidence, Mohammed Nasheed a été emprisonné plusieurs fois. Comme en 2005 où il a été inculpé pour sédition lors d’une manifestation dans la capitale, Malé. L’accusation de dérive autoritaire du président démissionnaire par cet ancien autocrate prête à sourire. Cependant, le pays est désormais plongé dans une certaine instabilité. Malgré le tourisme, les revenus économiques engendrés ne suffisent pas pour répondre aux besoins sociaux. Par ailleurs, la deuxième source de revenu que constitue la pêche est menacée à la fois par la pollution et la surpêche.
Sous la présidence de Mohammed Nasheed, les Maldives ont connu une audience jamais éprouvé auparavant. Son combat contre le changement climatique s’est illustré à de multiples occasions dans l’arène internationale. À l’occasion de chaque sommet climatique, le président des Maldives était toujours un orateur particulier. Il a réussi à créer un mouvement autour des micro-États insulaires de la planète. Ceux-ci sont directement menacés par les effets du changement climatique. Ils sont en première ligne concernant la montée du niveau des océans. Composé de 1200 îles, leur altitude est proche du zéro. Le combat pour la démocratie est vain si le challenge climatique n’est pas relevé sérieusement.
Les ONG environnementales ont fait du Maldivien le héraut de la cause des peuples victimes du réchauffement climatique. Il avait déjà anticipé les effets de l’élévation du niveau des océans en menant des prospections pour sa population. Des projets évoquaient en particulier l’achat de terres en Inde.
Sa démission l’écarte momentanément de la vie politique maldivienne. Même s’il reste difficile de juger du contenu de l’affaire qui a provoqué cette crise politique, Mohammed Nasheed restera un acteur important pour son pays. Par ce geste d’une certaine honnêteté intellectuelle, il conserve une indéniable crédibilité internationale. Il pourra utiliser celle-ci pour poursuivre le combat de sa vie : celui de sauver son pays.
F.V.



