À l’occasion du 33ème anniversaire de la Révolution islamique, l’ayatollah Khamenei a mis en garde l’Occident. L’Iran se tient prêt.
Elle est la parole de la Révolution islamique, elle est la plus écoutée et influente en Iran, la voix de l’ayatollah Khamenei a résonné à l’occasion de ce vendredi, jour de prière. Le Guide suprême a livré l’une de ses plus violentes diatribes à l’encontre des « ennemis » de la nation iranienne.
Silencieux ces dernières semaines alors que la tension n’a cessé de prendre de l’ampleur entre l’Iran et les États-Unis, l’ayatollah Khamenei est sorti de sa réserve pour réaffirmer la détermination du pays à poursuivre sa politique. Dans ce contexte, l’Iran se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires si les menaces militaires et pétrolières se poursuivent. Un discours qui intervient au moment même du lancement d’un satellite d’observation démontre la volonté des autorités iraniennes d’accompagner les gestes par des mots.
Israël, une « tumeur cancéreuse »
En première ligne, le Guide suprême s’en est pris violemment à l’encontre du « régime sioniste » ; alors que les deux pays sont au bord de la confrontation. Durant son discours, en farsi et en arabe, il a réaffirmé le soutien de l’Iran pour la cause palestinienne. Il révèle, une première, que l’Iran a participé aux confrontations contre Israël par le biais de ses alliés, le Hezbollah (été 2006) et le Hamas (décembre 2008 – janvier 2009). En outre, il valide les propos du président Mahmoud Ahmadi-Nejad en avertissant que les jours de l’ État hébreu étaient comptés.
Israël mène une campagne active alternant les menaces d’une frappe militaire aux solutions plus consensuelles au niveau international par l’intermédiaire d’une large campagne médiatique. Les pays occidentaux, pour éviter une confrontation, accélèrent les pressions sur le régime iranien avec la multiplication des sanctions. L’Union européenne a d’ores et déjà adopté le principe d’un embargo pétrolier. Une mesure qui doit être effective au 1er juillet 2012. Plus tôt, l’Iran avait entamé des manœuvres militaires dans le détroit d’Ormuz alors que le Royaume-Uni et les États-Unis ont entamés un large déploiement naval près du détroit. Washington a averti qu’elle réagirait si des menaces devaient peser sur le marché du pétrole.
Cette atmosphère guerrière commence à inquiéter la population iranienne, les chancelleries occidentales parient sur un effondrement du régime de l’intérieur grâce aux effets des sanctions économiques. En frappant le pétrole, l’Occident sait qu’il touche le nerf de l’économie iranienne. Or ni la Chine, ni l’Inde, principaux importateurs du pétrole iranien, n’ont l’intention d’appliquer quelconque embargo. Le régime iranien, loin d’être isolé, peut se montrer menaçant. Le discours de l’ayatollah Khamenei s’inscrit dans cette démarche. Et ce dernier a prévenu que l’Iran soutiendrait tout pays ou groupe qui aurait choisi la confrontation avec Israël.
L’Arabie saoudite, l’autre ennemi
Le Guide suprême, en s’exprimant en arabe, a voulu s’adresser à l’ensemble de l’oumma, la communauté musulmane, pour réaffirmer que l’Iran n’alimente pas les divisions entre les communautés chiite et sunnite. Au contraire, la politique du pays a été toujours de rassembler l’ensemble des musulmans. Il a dénoncé les sectes salafistes qui menacent l’entente et la paix sociale entre les communautés. En rappelant le soulèvement à Bahreïn, le Guide suprême souligne la ligne de faille qui sépare Téhéran des monarchies du Golfe.
La confrontation entre l’Iran et l’Arabie saoudite est indirecte au Liban, en Syrie ou encore à Bahreïn. Mais l’antagonisme est bien réel, les autorités iraniennes se souviennent que les monarchies du Golfe ont été en première ligne pour soutenir Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Par ailleurs, l’alliance solide de ces monarchies avec les États-Unis nourrit les tensions et les rancœurs entre les deux rives du Golfe persique. De surcroit, le Conseil de Coopération du Golfe, rassemblant les monarchies, s’est déclaré prêt à répondre sur le marché du pétrole, en augmentant sa production si nécessaire.
Alors que des signes d’un rapprochement se font jour entre Le Caire et Téhéran depuis la chute d’Hosni Moubarak, l’ayatollah Khamenei a précisé que le peuple égyptien ne souhaitait plus entretenir des relations avec Israël et les États-Unis. L’Iran a ouvertement soutenu le « Printemps arabe » qu’il rebaptise « le réveil islamique ». Longtemps en retrait, cette prise de parole illustre la fermeté de la position iranienne. L’accès à l’énergie nucléaire est un droit non-négociable. Le régime a l’appui du peuple sur ce sujet. Une frappe aérienne contre les installations nucléaires pourrait renforcer le pouvoir au lieu de l’affaiblir. Israël a décidé de faire cavalier seul sur cette question. Le pays entend tenir de main ferme sa destinée. En outre, les hésitations de la Maison-Blanche, avec l’approche des élections, renforcent le risque d’un dérapage incontrôlé.
Quant au régime iranien, il semble déjà sur le pied de guerre. La teneur belliciste des propos du Guide suprême rappelle que l’ensemble de la région est sur un volcan. S’il reste impossible de déterminer l’heure de l’explosion, les renseignements occidentaux, eux, craignent qu’elle se produise au printemps.
F.V.



