L’année 2012 a débuté, il y a de cela trois semaines, où trois histoires illustrent ce mois de janvier.
« Il y a trois sortes d’êtres : les vivants, les morts et les marins. »
Anacharsis
Les bateaux constituent le fil rouge de cette nouvelle année, à l’odeur étrange. Loin de la fin du monde programmée pour le 21 décembre 2012, selon de douteuses interprétations du calendrier maya, le mois de janvier a vu défiler plusieurs histoires plus ou moins dramatiques. 2012, année de la mer ?
Au secours de Nome
La petite communauté de Nome en Alaska s’est retrouvée en grande difficulté. En manque de fioul, la ville a lancé un appel à l’aide. Un pétrolier russe est brisé la glace pour permettre son réapprovisionnement. Aidé d’un brise-glace de la garde côtière étatsunienne, le navire Renda a progressé lentement, suite à des conditions climatiques extrêmes. Isolée par les glaces, Nome, comme l’ensemble de la région, subit un hiver extrêmement rigoureux. Avec des températures records à -35° Celsius, l’Alaska affronte des conditions inhabituellement difficiles.
Avec plus de 3 500 personnes à secourir, les autorités étatsuniennes se sont résolues à accepter l’aide du tanker russe. Alors que la loi du pays interdit l’accès de tout navire étranger pour ce type de livraison, les autorités ont du faire le nécessaire pour faciliter cette arrivée. Ainsi le Renda a pu livrer à la petite communauté les cinq millions de litres de fioul nécessaire. Cette opération inédite est un succès pour la coopération maritime entre la Russie et les États-Unis.
Le Costa Concordia, tragique centenaire du Titanic
Beaucoup plus dramatique est le véritable échouage du navire de croisière, le Costa Concordia, près de Porto Santo Stefano, en Toscane. Durant la nuit du 13 janvier, le paquebot entre en collision avec un récif de corail ouvrant une brèche d’une longueur estimée entre 70 et 100 mètres. Rapidement, l’eau s’est engouffrée à l’intérieur du navire piégeant une partie des passagers. Le bilan est actuellement de 12 morts et de 21 personnes portées disparues. Cette tragédie a dévoilé de nombreuses incompétences. La responsabilité du commandant du Costa Concordia, Francesco Schettino, est pointée du doigt. Ce dernier aurait déserté son poste pendant le naufrage. L’analyse de la boîte noire offrira un panorama complet du déroulement des événements.
Les premières conversations diffusées ont dévoilé certains dysfonctionnements dans les opérations de secours. La première conservation entre le Costa Concordia et la capitainerie du port de Livourne, à 22h12, illustre l’enchaînement de mauvaises décisions. En effet, lors de cette conversation, le paquebot indique une simple « panne d’électricité ». Cependant, la capitainerie insiste sur des appels provenant des passagers confirmant que la situation était anormale. Bien que les conditions de ce naufrage demeurent encore floues, cet accident maritime amènera le renforcement des mesures de sécurité tant pour les passagers que pour l’équipage. Après le transport aérien, les bateaux sont sur le point de subir un vrai régime sécuritaire. Ironie de l’histoire, cet événement se passe pour l’année du centenaire du naufrage du Titanic qui a coulé dans la nuit du 13 au 14 avril 1912.
Ormuz : le détroit de toutes les tensions
De bateaux, il en est grandement question dans l’un des points concentrant les plus grandes tensions géopolitiques : le détroit d’Ormuz. Depuis fin décembre 2011, l’Iran et les États-Unis se livrent une bataille médiatique sur ce passage stratégique pour l’économie mondiale. Les exercices militaires engagés par l’armée iranienne dans la zone ont accru les tensions. Des deux côtés, les menaces ont proféré. Les Iraniens ont averti d’une possible fermeture du détroit, si un embargo pétrolier voit le jour ; alors que Washington a prévenu qu’une telle manœuvre entrainerait une réaction musclée de sa part. Une position que soutient Londres.
Le Royaume Uni et les États-Unis ont déployé une flotte très importante près du détroit d’Ormuz. Cet engagement démontre à quel point l’enjeu est fondamental. Même si les Émirats Arabes Unis ont annoncé qu’un oléoduc verrait prochainement le jour, le détroit voit traverser 40% des exportations pétrolières mondiales. L’Iran, comme les États-Unis, n’a pas ratifié la Convention de Montego Bay (1982) relative au droit de la mer. De facto, le pays n’est pas juridiquement engagé à propos de la réglementation sur la liberté de circulation dans les détroits internationaux. Cependant, la communauté internationale ne permettrait la mise en place d’un tel blocus. De surcroit, la flotte iranienne n’a pas les moyens de résister à une contre-offensive navale dirigée par l’US Navy.
Plus les sanctions économiques se renforceront autour de l’Iran, notamment par l’utilisation du levier pétrolier, plus les risques d’un dérapage militaire dans le détroit grandiront. Au début du mois de janvier, la marine étatsunienne est intervenu à deux reprises secourir des Iraniens, pris en otage par des pirates. Cette action n’a pas altéré les tensions entre les deux pays. Bien au contraire, les points de confrontation se multiplient entre les deux ennemis. Tout au long de cette année, les tensions pourraient se focaliser dans cette région du monde. Même si elles se sont apaisées, elles participent à l’accroissement d’un risque de conflagration régionale.
Au final, ces histoires ressemblent à ce début de nouvelle année avec son lot d’étrangeté. Les bateaux, longtemps symbole des grandes épopées historiques, ont ressurgi brusquement de ce décor morose. En débutant cette année avec ce sujet, la mer a encore le don de dévoiler son importance qui provoque à la fois la fascination et la crainte des Hommes.
F.V.




