Le royaume des fjords traverse une période difficile où l’harmonie sociale semble s’évanouir. Une situation qui pourrait mettre un terme à la candeur d’une société.
Que se passe-t-il au pays des Trolls ? Depuis le 22 juillet 2011, la Norvège prend conscience d’une certaine réalité, le pays est entré dans le XXIème siècle. Une entrée des plus violentes dont la tuerie d’Utøya, combinée à l’attentat contre un édifice du gouvernement à Oslo, aura tristement inauguré. Le pays s’est retrouvé de façon unanime contre ce massacre. Anders Behring Breivik, c’est par lui, que la fracture s’est révélée au grand jour. La violence du message exprime le rejet d’une société multiculturelle ; des fantômes qui hantent l’ensemble du Vieux Continent.
A.B. Breivik, lui, n’ira pas en prison. Les psychiatres ont considéré que l’auteur du massacre n’évoluait plus mentalement dans la réalité. Un état psychologique que celui-ci aurait développé tout au long de ces années en ruminant sa haine de l’étranger. Pour la Norvège, ce processus a abouti au plus grand drame depuis l’après-guerre. Cette tragédie a réuni la population et le gouvernement pour défendre les valeurs d’un pays comme la tolérance et la démocratie. Mais le mal est plus profond, l’unité affichée ne masque pas les fissures qui se sont creusées progressivement. La politique d’intégration soulève des interrogations comme en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Pourquoi en est-on arrivé à ce stade de violence ?
Ces Norvégiens qui partent rejoindre le Djihad
Le modèle d’intégration est proche de celui du Royaume-Uni. Le communautarisme est très largement visible dans la capitale norvégienne, Oslo. Parmi les extra-européens, la majorité des immigrés ont pour origine l’Inde, le Pakistan, la Somalie ou encore le Viêt-Nam. Jusqu’alors la présence de ces communautés n’a jamais posé de problèmes majeurs. Mais le Parti du Progrès, dirigé par Siv Jensen, a fait de la lutte contre l’immigration son principal cheval de bataille. Certains quartiers d’Oslo se sont transformés où désormais l’intégrisme religieux fleurit à côté du trafic de drogue. Un développement qui s’accompagne d’une montée de la violence comme dans l’ensemble des capitales européennes. Ces dernières années, le petit royaume n’a plus été épargné par cette tendance.
Pire, certains de ses ressortissants répondent aux appels à rejoindre le djihad émis par les intégristes. Ainsi, un rapport de l’institut norvégien de recherche en Défense (FFI) a indiqué récemment qu’un Norvégien d’origine somalienne a été tué durant l’hiver 2011. Celui-ci combattait aux côtés des islamistes d’Al-Shabaab. Cette filiale d’Al Qaïda prospère dans l’État failli et menace de déstabiliser l’ensemble de la Corne d’Afrique. Comme l’indique Stig Jarle Hansen, expert sur la Somalie, ce groupe « a un centre local mais une rhétorique globale » et tend à élargir son point de fixation.
Un problème similaire se retrouve, par ailleurs, dans les communautés somaliennes présentes en Suède et Finlande. Pour les forces de sécurités scandinaves, et plus particulièrement norvégiennes, la question se pose sur la double appartenance des populations immigrées. Un phénomène qui n’est pas inconnu pour les autres pays européens. De nombreux exemples rendent compte, par le biais des rapports du renseignement, la participation de citoyens européens dans divers théâtres militaires. Ceux-ci se tiennent aux côtés des mouvances radicales djihadistes. Pendant les premières années de l’occupation étasunienne en Irak, certains Français participaient au djihad. Le gouvernement norvégien est devant une problématique particulièrement difficile et délicate.
Ces appels sont difficilement maîtrisables car très diffus sur les sites et les réseaux proches des djihadistes. Le travail préventif pour les autorités policières est politiquement risqué avec le danger d’une stigmatisation dont l’effet de levier pourrait renforcer la légitimité des partis populistes. Ces derniers connaissent d’ores et déjà une importante audience au sein des populations scandinaves. La riche Norvège, relativement bien épargnée, par la crise économique et financière, rencontre le même problème que les autres pays Occidentaux. Celui du rejet par certains de ses citoyens des valeurs que le pays prétend défendre. L’engagement militaire de la Norvège au sein des forces de la coalition internationale en Afghanistan a exposé le pays au danger terroriste. Mais le 22 juillet 2011, le terrorisme est venu d’ailleurs, d’un endroit que les autorités norvégiennes n’auraient jamais pu imaginer.
La ligne rouge : pas de « mosquée arctique »
L’effet de surprise a été total. Malgré l’unité de la population autour des valeurs qui ont fondé la Norvège démocratique, les autorités locales ne peuvent plus écarter d’un simple revers de la manche les mouvements de fond qui secoue le Vieux Continent. La Norvège n’est pas un îlot loin des problèmes de ces voisins européens. La politique migratoire accueillante jusqu’alors devra exiger certaines garanties en retour. L’idée d’un nouveau contrat social pourrait émerger. Mais le défi est de taille ; ce contrat est au stade de la feuille blanche. De surcroît, la question de l’identité norvégienne ne peut être négociable. Elle doit servir de garde-fou pour éviter les extrémismes de tout bord et maintenir la cohésion sociale.
Dans ce contexte, les autorités norvégiennes ont rejeté le projet d’un Saoudien. Celui-ci était prêt à financer, à hauteur de 2,5 millions d’euros, la construction de la « mosquée arctique » dans la ville de Tromsø. En outre, le ministère norvégien des Affaires étrangères justifie le fait qu’il serait « peu naturel d’approuver le financement émanant d’un pays où la liberté religieuse n’existe pas ». Avec une population de 65 000 habitants, la construction d’une autre mosquée n’apparaît pas légitime. Là aussi, la Norvège ne veut plus être naïve.
F.V.



