La confortable élection de Mariano Rajoy, dimanche 20 novembre 2011, résonne comme une défaite cinglante pour le PSOE. Pour les Espagnols, l’austérité est sur le point de se renforcer.
Le Parti Populaire (Partido Popular) est arrivé largement en tête à l’occasion de cette élection générale espagnole. Avec un taux de participation en baisse qui s’élève à 71,69%, les Espagnols ont voté sans illusion. L’ampleur de crise économique qui touche le pays a largement effacé l’Espagne de la movida du début des années 2000. La droite espagnole a obtenu 186 sièges au Congrès des députés alors que le PSOE a obtenu seulement 110 sièges. La chute du nombre de votants en faveur des socialistes est sans appel. Entre 2008 et 2011, le vote socialise est passé d’un peu plus de 11 millions d’électeurs à un peu moins de 7 millions. Ces quatre millions d’électeurs qui ont choisi l’abstention ou le vote pour d’autres partis de gauche. Ainsi la Gauche Unie (IU – Izquierda Unida) a obtenu 11 sièges parlementaires. En Catalogne, le parti de centre-droit CiU (Convergence et Union) progresse avec désormais 16 sièges au sein du Congrès des députés.
Laminé, le parti socialiste est dans l’obligation de réduire la voilure, José Luis Zapatero a convoqué un congrès ordinaire afin de statuer de cette défaite électorale. Des changements importants sont à attendre au sein du parti. Cette défaite traduit un vote sanction à l’encontre du président du gouvernement sortant et sa gestion de la crise. Le souffle conservateur qui a touché l’Espagne est désormais bien ancré dans le paysage politique espagnol. En plus du Congrès des députés, le Sénat est désormais dominé par le PP. En outre, depuis les élections municipales et régionales, en mai 2011, 3811 maires (soit près de la moitié des communes espagnoles opèrent sous la bannière conservatrice. Quant aux régions, 11 d’entre elles sont conservatrices sur les 17 communautés autonomes. L’année 2011 est une révolution bleue horizon.
Les conservateurs, dorénavant aux manettes, détiennent tous les leviers des pouvoirs publics pour accélérer les réformes sociales, financières et économiques pour éviter d’être emporté dans la tourmente des marchés financiers. Or, les marchés n’ont un agenda plus rapide, en décalage complet avec le rythme du calendrier politique. Ainsi, l’élection de Mariano Rajoy ne se traduira réellement que le 20 ou 21 décembre, jour de son investiture. Mais l’urgence exigence une action en amont. Avec un taux d’intérêt obligataire à 10 ans qui s’est stabilisé autour de 6,5%, l’Espagne est sous pression, comme l’ensemble de la zone euro. La future équipe gouvernementale doit agir dès à présent dans le but de calmer l’inquiétude des marchés. Ceux-ci, malgré le changement annoncé, par ce vote, a maintenu, dès lundi 21 octobre, la pression sur le pays.
Tout au long de la campagne électorale, Mariano Rajoy s’est montré très évasif sur le contenu de son programme. Mais les premières orientations ont été entraperçues avec des mesures phares qui devront être adoptées avant l’été 2012 : application de la loi de stabilité budgétaire (la « règle d’or ») déjà inscrite dans la Constitution en septembre dernier ; loi sur les entrepreneurs ; réforme du marché du travail. La droite est sur le point d’appliquer un régime grec à la société espagnole alors que les indicateurs économiques sont au rouge.
L’Espagne, un domino parmi d’autres
Aujourd’hui, la totalité des dettes du Trésor et des banques espagnoles, qui arrivent à échéance en 2012, s’élèvent à 335 milliards d’euros. Le risque systémique n’est plus écarté, elle provoquerait un tremblement de terre pour l’ensemble de la zone euro. Le futur gouvernement aura pour objectif d’assainir le secteur bancaire qui détiendrait 176 milliards de créances douteuses et de biens saisis depuis l’éclatement de la bulle immobilière. Ces actifs toxiques sont particulièrement concentrés dans les caisses d’épargne, les fameuses « cajas ». La dette espagnole est essentiellement une dette privée contrairement à la situation grecque. En effet, la dette publique espagnole représente 67% du PIB. Mais depuis ces dernières années, son augmentation a été très sensible puisque cette dette était évaluée à 36% du PIB. L’Allemagne et la France sont les deux pays les plus exposées, la première est exposée à hauteur de 131,7 milliards d’euros de bons obligataires alors que la seconde en détient pour une valeur de 112 milliards.
Avec un taux de chômage qui s’établit à 22,6% donc environ 45% chez les moins de 25 ans, la société espagnole est dans une impasse. Un taux élevé qui ne flanche pas alors que pour la première fois, depuis des années, le solde migratoire est devenu négatif avec la perte de 70.000 personnes. Parallèlement, le travail illégal s’est largement développé dans les régions les plus frappées par la crise. Si Grenade souffre avec un chômage atteignant 40% de sa population active, le Pays Basque est relativement bien épargné par la crise avec un chômage à 11%. Des déséquilibres régionaux qui s’expliquent pour les territoires en crise par une déficience des structures économiques.
De cette crise, une excroissance a été exposée au grand jour : celle des pouvoirs publics. La gestion calamiteuse de certaines collectivités locales a contribué à l’effet accélérateur de la crise espagnole. Les constructions de « châteaux » se sont multipliées comme un puits sans fond. Des infrastructures qui ont poussé ici et là ; celles-ci pouvant être des investissements sources de croissance. Loin s’en faut, ces investissements faramineux ont pour logique le simple clientélisme au détriment de toute étude de rentabilité. Aujourd’hui, l’Espagne possède 2200 kilomètres de ligne à grande vitesse, détrônant ainsi la France, mais dont la rentabilité laisse planer le doute pour certaines gares. Dans le domaine aérien, le malaise est encore plus criant. Avec 47 aéroports publics, l’Espagne a vu trop grand, trop beau. L’exemple de l’aéroport de Ciudad Real, à deux-cents kilomètres de Madrid, est symptomatique de la mauvaise gestion des pouvoirs publics. Inauguré en 2007, l’aéroport vient de fermer ses portes avec l’arrêt du trafic de la dernière compagnie encore présente. Or, cet aéroport a représenté un investissement colossal de 500 millions d’euros pour un fonctionnement de trois années.
Au final, les marges de manœuvre de Mariano Rajoy demeurent extrêmement faibles. La négociation d’une intervention européenne paraît être sa priorité pour offrir un court répit avec les mesures rigoureuses qui s’annoncent. En revanche, la récession qui menace l’économie espagnole ne rassure guère les experts. Devant un paysage national dévasté, le pays dépend fortement de son commerce extérieur pour relancer sa croissance. Or, ses exportations sont principalement dirigées en direction des autres membres de l’Union européenne. Là, aussi, l’Espagne est prise en tenaille, d’une crise qui se joue à plusieurs.
F.V.



