Le nouvel édile de Séoul, capitale sud-coréenne, apporte un vent frais de démocratie dans l’ensemble de la société. Découverte.
La Corée du Sud est en train de découvrir l’une des nouvelles figures qui a littéralement envahi la scène politique. L’élection de Park Won-soon à la municipalité de Séoul, le 26 octobre 2011, représente un tournant politique majeur pour ce jeune pays démocratique. Issu de la société civile, le nouveau élu s’est présenté avec une étiquette de candidat indépendant. Cette première s’est effectuée au détriment de la candidate conservatrice, Na Kyung-won recueillant 46,4% des voix contre 53,2% pour son adversaire surprise.
Cette victoire illustre l’agitation qui secoue la société sud-coréenne où la présidence de Lee Myung-bak, l’ancien patron de Hyundai, aura cristallisé à son encontre une grande partie de l’opinion publique. Elu en 2007, le conservateur du Grand Parti National avait orienté son programme avec une formule dite « 747 », faisant référence au Boeing 747. En effet, Lee Myung-bak comparait son programme pour l’économie du pays au décollage d’un avion. Ainsi, il promettait une croissance annuelle de 7% en moyenne, un revenu per capita à 40 000 dollars et la Corée du Sud comme septième puissance économique mondiale. Une politique qui a provoqué le raidissement de la société.
La naissance d’un mouvement social
La victoire de Park Won-soon peut surprendre car rien ne laissait présager tel résultat au vue de son parcours. Cet avocat a une longue expérience dans le milieu associatif, il se fait remarquer dès sa jeunesse en protestant contre le régime dictatorial alors en place. Par la suite, il fait de la lutte contre les chaebols – les conglomérats – un étendard. Cette élection est le résultat d’une concentration d’énergie autour de cette candidature indépendante qui a catalysé un mouvement de fond qui secoue la société. En appui à Park Won-soon, le jeune entrepreneur Ahn Cheol-soo est très populaire auprès des moins de quarante ans. Patron d’une start-up, Ahn Cheol-soo est devenu une véritable attraction médiatique. Il incarne la volonté d’un renouveau politique en Corée du Sud. Ce vent nouveau se dirige en premier lieu à l’encontre du parti conservateur qui symbolise à plusieurs égards le statu quo. Un statu quo qu’une grande partie de l’opinion publique ne désire plus.
Les citoyens sud-coréens sont lassés et déçus des partis politiques traditionnels ; les Séoulites ont envoyé un avertissement sans frais auprès des dirigeants actuels. Tant la politique vis-à-vis de la Corée du Nord que le libéralisme économique du président Lee exaspèrent une population qui voit le creusement des inégalités sociales. Un ressentiment qui se dirige en faveur de « Dr Ahn » lequel on lui prédit un destin présidentiel pour décembre 2012. Loin d’une hypothétique candidature, la population exige un changement d’orientation politique majeur. Plus de vingt ans après la bataille démocratique, commence pour le pays, le temps de la bataille sociale.
Park Won-soon entre dans l’arène
Le nouvel édile a rapidement pris ses marquent en tant que nouveau responsable politique. Ainsi, il a déjà prononcé plusieurs anathèmes qui dépassent largement le cadre municipal. Park Won-soon se prononce pour une meilleure approche dans les rapports avec la Corée du Nord, plus positive, moins agressive. Plus récemment, il s’est prononcé pour une révision de l’accord de libre-échange (Free Trade Agreement) entre la Corée du Sud et les États-Unis. La forme actuelle de l’accord serait défavorable à son pays. L’exemple mexicain situation au sein de l’ALENA ne correspond pas aux ambitions qu’il a pour ses concitoyens.
Sur le plan local, il a un projet ambitieux pour Séoul. Il entend appuyer significativement ses efforts en faveur des programmes sociaux. Le budget pour l’année 2012 s’établit à 19 900 milliards de wons (17,49 milliards de dollars) dont 26% iront directement aux financements sociaux tel que la création d’emplois (218 milliards de wons soit 190 millions de dollars). Par ailleurs, il a déjà œuvré pour son premier cheval de bataille concernant les frais d’inscriptions au sein de l’Université de Séoul. Jusqu’à présent, un étudiant devait débourser en moyenne 4,77 millions de wons chaque année. Le projet du maire serait un abaissement à 2,38 millions de wons dès l’année prochaine. Dans un pays où l’éducation supérieure est très onéreuse, cette réforme constitue une première innovation sociale.
Mais pour Park Won-soon, une plus grande bataille s’annonce. Après avoir conquis les électeurs, le nouveau maire aura pour mission de convaincre le personnel au sein de l’administration municipale. En effet, il entend impulser des réformes au sein de l’administration. Cependant Park Won-soon n’est pas en position de force, il doit faire ses preuves dans la gestion d’une administration. L’ensemble du personnel n’est pas forcément favorable à son élection. En outre, il apporte un élan de changement au sein de l’establishment politique sud-coréen. Ce tremblement de terre a eu lieu aux dépends des conservateurs, mais l’opposition se trouve confronter à un nouveau dilemme. Le Parti Démocratique est face à une pression idéologique avec ce « désir populiste ». Enfin, cette élection pose le problème entre la relation entre acteurs et arbitres. Qu’un membre de la société civile passe du rôle d’arbitre au rôle d’acteur soit perçu comme un éveil de la conscience social, il n’en demeure pas moins qu’il ouvre la voie à une crise au sein de la classe politique traditionnelle.
Séoul, une mégalopole en plein boom
Loin des agitations politiques, la ville de Séoul demeure l’enjeu essentiel de cette élection. Longtemps la capitale sud-coréenne traînait une mauvaise réputation. En effet, la pollution de l’air constitue l’un des plus grands handicaps pour la promotion de la mégalopole asiatique. Avec 10,5 millions d’habitants, la ville souffre à l’image de ses consœurs asiatiques d’un trafic automobile incessant. En outre, les poussières fossiles nuisent gravement à la qualité de l’air dans l’agglomération. Projetées par le vent, celles-là proviennent directement de Chine, où les usines émettent d’importants rejets issus, notamment, de la combustion de charbon. Cette pollution est un point noir pour les autorités locales.
Malgré tout, depuis une décennie, l’image de la ville n’a cessé de progresser au sein du continent asiatique, puis au niveau mondial. L’organisation, avec le Japon, de la Coupe du monde de football en 2002 a mis en œuvre une large modernisation du transport en commun au sein de la capitale. En premier lieu, l’aéroport international, situé à Incheon, qui en plus de sa modernité, est directement relié au centre ville de Séoul (situé à 70 kilomètres), par le biais d’une ligne de métro. Depuis 2006, il obtient chaque année le titre de « meilleur aéroport du monde » ; un atout incontestable pour le développement international de la métropole.
Les effets sont immédiats depuis une décennie, les investissements directs à l’étranger (IDE) ne cessent d’augmenter. Ainsi, pour le troisième trimestre 2011, les IDE s’établissent à 2,486 milliards de dollars soit une augmentation de 64% par rapport à l’année précédente. Le secteur des industries du service est en pleine expansion tout comme le secteur manufacturier. Une stratégie que souhaite poursuivre la nouvelle équipe municipale. Le gouvernement métropolitain de Séoul désire améliorer l’image de la ville ; la rendre plus humaine. Séoul figure à la septième place des 35 mégalopoles les plus puissantes au monde. Ses performances dans le secteur de la recherche et du développement (R&D) font de Séoul une place essentielle dans le domaine des nouvelles technologies, n’hésitant plus à rivaliser avec Tokyo.
Par ailleurs, l’amélioration de la qualité environnementale joue en faveur de la capitale sud-coréenne. Le développement durable est au centre des enjeux de la politique publique locale. L’amélioration significative des transports en commun s’illustre par son métro. Créé en 1974, il n’a cessé de s’étendre. Aujourd’hui, interconnecté avec le métro d’Incheon, le métro séoulite accuse un rythme de fréquentation annuelle de près de 1500 millions de personnes. Avec un tarif maximal de 2700 wons (2,37 dollars), 12 lignes, 291 stations et un réseau de 198 kilomètres, il fait incontestablement figure de modèle pour les autres métropoles mondiales. Dans le cadre du développement durable, la municipalité a déjà engagé un programme de modernisation des lignes de bus (2006-2011) avec la mise en service de bus électriques et de bus GPL. Pour la période 2012-2014, la ville entend livrer 30 000 véhicules verts dont des taxis électriques. Toutes les infrastructures nécessaires accompagneront cette révolution des transports puisque 110 000 bornes de recharge rapide (5 minutes maximum) seront installées.
Séoul, « l’âme de l’Asie », démontre par son développement, son désir de réduire les inégalités sociales, que le cœur de l’économie mondiale bat plus que jamais en Extrême-Orient. L’élection de Park Won-soon, sanctionnant la vision néo-libérale de l’actuel gouvernement, constitue indéniablement un avertissement sans frais pour le modèle anglo-saxon.
F.V.
Une invitation pour Séoul par Park Won-soon himself:




