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Les Talibans, mouvement inoxydable

Huit ans après le début des opérations occidentales en Afghanistan, les Talibans apparaissent aujourd’hui plus fort que jamais.

Hakeemullah Mehsud, nouveau leader des Talibans du Pakistan (TTP), plus sanguinaire que son prédécesseur

Hakeemullah Mehsud, nouveau leader des Talibans du Pakistan (TTP), plus sanguinaire que son prédécesseur

Étrangement absent des débats lors de l’Assemblée Générale de Nations Unies, le conflit en Afghanistan ne cesse de se durcir. La situation sécuritaire n’a cessé de se détériorer depuis ces cinq dernières années, le Pakistan vit des heures d’instabilité historique, les puissances occidentales sont pris au dépourvu face à la progression du « phénomène Taliban »… Ce constat n’est que la conséquence d’une politique malveillante, le résultat d’un mépris des ressorts existants pour ces « étudiants en religion » et le rôle en eau trouble des autorités pakistanaises (civile ou militaire).

Aujourd’hui, le monde se trouve sur un chaudron bouillant. L’OTAN tente de reprendre la main. Barack Obama a fait de l’Afghanistan, et par appendice du Pakistan, une priorité absolue dans la « Guerre contre le terrorisme ». Le président américain a choisi le désengagement en Irak pour se concentrer sur cette région du monde. Encouragé par Robert Gates, secrétaire à la Défense (depuis 2006), la Maison-Blanche veut déployer plus de forces militaires contre Al-Qaïda et les Talibans (afghans et pakistanais).

Cependant, les Américains, toujours présent en Irak, attendent un soutien plus appuyer des alliés. Ainsi, ils réclament une présence accrue de soldats européens sur le sol afghan. Les Français ont engagé de nouvelles forces (en hommes et en matériel), les Allemands sont aussi encouragés à soutenir l’effort de guerre. Oui, car il s’agit bien d’une guerre. Le temps du « maintien de la paix et de la construction » n’est plus à l’ordre du jour. Si les premières années de présence occidentale en Afghanistan ont connu une progression constante ou du moins l’illusion, très rapidement, la situation sécuritaire a connu un déclin constant. Concomitant avec l’opération « Iraqi Freedom », les Etats-Unis ont négligé l’Afghanistan. Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense (2002-2006), a ouvertement méprisé la question afghane, préférant la délaissé aux autres services américains (notamment la CIA). Cette erreur stratégique a ouvert une plaie encore plus béante au Pakistan. Le soutien aveuglé de la Maison-Blanche au potentat pakistanais, le Général Pervez Musharraf, a entraîné ce pays dans l’abîme.

Le Pakistan depuis trois ans vit les heures les plus sombres de son histoire. L’attentat survenu contre Benazir Bhutto, en décembre 2007, est un des points d’orgue, dans lequel le pays de Jinnah se trouve aujourd’hui. Le Pakistan a délibérément choisi de maintenir son soutien aux Talibans et offert un soutien minime aux Occidentaux dans leur effort de guerre contre Al-Qaïda et ses suppôts. Aujourd’hui, deux groupes de Talibans se distinguent : les Afghans et les Pakistanais. Non-concurrentiel, à ce jour, ces deux groupes ont joint leur force pour élargir leur influence et leur force dans leur pays respectif. Les Talibans du Pakistan sont allés jusqu’à menacer la capitale même, Islamabad. Le président Zardari a pris en charge la lutte contre le « phénomène Taliban ». Mais sa faible capacité d’influencer l’ISI (les services de renseignement pakistanais) ainsi que les militaires rendent les choses extrêmement difficiles. Désormais, la région, hautement stratégique, du Pendjab, est à portée de main d’un contrôle complet des forces talibanes.

De fait, tout le problème pakistanais repose sur ces deux institutions qui font la pluie et le beau temps depuis plus de trente ans. L’ISI et l’armée sont les plus grands soutiens dans la cause Taliban. En effet, ceux-là utilisent cette carte dans l’optique de sa confrontation avec l’Inde. Une partie de ces Talibans pakistanais étaient utilisés pour alimenter la lutte armée dans la région du Cachemire.

Pervez Musharraf et l’armée en général percevaient ces combattants comme des défenseurs de l’Islam et de la nation pakistanaise dans sa lutte contre le frère ennemi. Cependant, l’année 2005 marque un important tournant. Les groupes extrémistes ont profité du tremblement de terre causant la mort de plus de 73.000 personnes pour accroître son emprise sur le Pakistan. Affublés en ONG, les groupements ont pu infiltrer la société civile pakistanaise notamment dans les régions frontalières de l’Afghanistan comme le Waziristân.

Par la suite, les événements s’enchaînent sans fin, la spirale de la terreur s’installe dans tout le Pakistan. Multipliant attentats, attaques, prises d’otage, les Talibans pakistanais ont franchi toutes les lignes rouges tolérables pour les autorités pakistanaises. Ces derniers ont trop longtemps joué de cette relation ambiguë pour opposer un vrai programme de lutte contre les Talibans. Refusant de réformer les madrasas (écoles coraniques), d’en fermer les plus radicales, Islamabad ne souhaite pas couper ce vivier anti-indien, mais aussi profondément anti-occidental.

Aujourd’hui le TTP a un nouveau leader. Après la frappe du drone américain tuant le leader des Talibans pakistanais, le pouvoir pensait avoir marqué un point décisif dans la lutte contre les extrémistes. Divisés, ces derniers ont connu une lutte intestine notoire, mais rapidement un leader charismatique a imposé la décision. La prise de pouvoir de Hakeemullah Mehsud et la réunification des Talibans autour de cet homme n’ont rien de rassurant bien au contraire. Désormais, un sanguinaire est aux manettes de la branche pakistanaise.

Bombardement de l’OTAN à Kunduz entraînant la mort d’une centaine de personnes

Bombardement de l’OTAN à Kunduz entraînant la mort d’une centaine de personnes

Côté afghan, la situation n’est guère plus encourageante. La détérioration sécuritaire fait de l’année 2009, la plus meurtrière pour les forces occidentales. Le renversement est tel que désormais le bilan des pertes humaines sur 2009 est plus important en Afghanistan qu’en Irak. La Grande-Bretagne est l’une des plus meurtries. Les soldats de Sa Majesté sont pris pour cible de façon répétée dans la région du Helmand. Cette région afghane est la plaque tournante des Talibans. En effet, cette région est la plus importante dans la culture du pavot. C’est précisément l’argent issu de cette culture qui offre aux extrémistes les armes et les hommes pour maintenir et accroître la pression sur les forces afghanes et les soldats de l’ISAF.

La multiplication des attaques dans tout le territoire afghan a amené le commandement militaire à élever la voix auprès des autorités politiques. En effet, les généraux américains exigent un renforcement des troupes au sol. La politique qui a consisté pendant des années à mener des interventions aériennes appuyées par des troupes spéciales ne suffisent plus. Il faut des hommes sur le terrain. Désormais, l’OTAN parle de 100.000 soldats. Paradoxalement, certains pays, membres de l’Alliance Atlantique, ont programmé d’ores et déjà la date du retour. Ainsi les Pays-Bas prévoient un retrait en 2010 et le Canada en 2011. Quant à l’Australie, le gouvernement s’est vu exigé de proposer un calendrier de retrait.

La division au sein de l’OTAN se fait sentir, mais un départ d’Afghanistan ne doit pas apparaître comme une retraite précipitée qui signifierait l’échec. La décision d’un nouveau décompte des votes lors des élections présidentielles est un autre symptôme, celui d’un pouvoir afghan, légitimé par l’Occident, qui s’est embourbé dans des divisions claniques. En attendant le second tour des élections (NB : prévus pour le 7 novembre), la vie politique afghane se déchire entre le président sortant, Hamid Karzaï, pachtoune ; et Abdullah-Abdullah, tadjik et proche du feu Ahmed Massoud.

Hébétée, la communauté internationale, à l’image, jadis, des forces étrangères qui ont occupé ce territoire peu accueillant, se retrouve paralyser et inapte à apporter des réponses durables. L’Occident fait face à une société ayant ses propres mécanismes reflétant comme un miroir son incapacité à stimuler et juguler cet univers complexe. Plus grave, les Talibans, par leur progression constante, accumulant les succès, peuvent s’ouvrir à de plus grandes perspectives avec, en point de mire, la déstabilisation générale de l’Asie Centrale.

F.V.

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