Après un nouvel essai nucléaire le régime nord-coréen multiplie les provocations et rien ne semble arrêter les folies de son « Cher Leader ».
Longtemps silencieux, Kim Jong-Il recommence à faire parler de lui dans les médias internationaux. Après le tir d’un missile longue portée au mois d’avril dernier, le « Cher Leader » a fait monter les enchères. Depuis le 25 janvier, il mène une politique de provocations tout azimut. Longtemps ignorée par l’administration Obama, la Corée du Nord souhaite être dans les priorités de la politique étrangère américaine.

Kim Jong-Il veut-il enflammer l'Extrême-Orient?
Pendant plusieurs mois, Kim Jong-Il s’est éloigné, affaibli par la maladie dont la nature et les causes restent toujours un mystère. Cependant, les dernières images le montrent, le « Cher Leader » est affaibli. Ses traits physiques trahissent la gravité de ses problèmes de santé. Depuis le mois d’avril, il a fait son retour de façon fracassante. Il n’a pas l’intention de céder à la communauté internationale la moindre concession qui puisse menacer la survie de son régime. Un régime qui vit sous-perfusion et dépend totalement de l’aide de la communauté internationale. Avec l’affaiblissement hivernal de son leader, la Corée du Nord semblait à l’orée d’une évolution de sa direction. Il n’en est rien.
Le dernier rapport d’Amnesty International rappelle encore une fois la cruauté et l’intolérance du régime nord-coréen. L’ONG rapporte que « les gardiens battent les suspects de mensonges, ne travaillant pas assez rapidement ou oubliant les paroles de chansons patriotiques ». Pendant des mois, ce pays qui mène une politique de répression sans faille a été ignoré par les grandes puissances. Mais lorsque Kim Jong-Il agite ses missiles et ses bombes nucléaires, la communauté internationale se ressaisit, pris de panique d’une éventuelle prolifération de cette technologie à d’autres acteurs étatiques ou non-étatiques. L’avertissement du mois d’avril n’a pas suffit. Le test du missile à longue portée n’a pas provoqué la réaction attendue par les autorités de Pyongyang.
Le régime nord-coréen prenant acte de cette non-réaction a multiplié les actions de provocation. Le « Cher Leader » avait averti d’un probable nouvel essai nucléaire. Il a préalablement rompu tous les accords économiques avec son voisin du Sud. En effet, le développement des relations économiques entre le Nord et le Sud est la base du renforcement des relations intercoréennes. Cette initiative est chapeautée par le KEDO (Korean Economic Development Organization). Ce retrait est significatif peut-être plus que l’essai nucléaire du lundi 25 mai. Depuis l’arrivée au pouvoir de Lee Myung-Bak, en décembre 2007, la tension entre les deux Corée n’a cessé de grandir. Le fossé entre les deux leaders semble insubmersible. La mort de l’ancien président sud-coréen, Roh Moo-Hyun, symbole de la réconciliation entre les deux frères ennemis, vient noircir un tableau déjà bien sombre.
Lee Myung-Bak, dès son entrée en fonction, s’est montré intransigeant. Il exige des autorités nord-coréennes de faire l’entière lumière sur le programme nucléaire. Une telle demande est inconcevable pour le leader nord-coréen. Un compromis sur ce point serait un signe de faiblesse du régime communiste. Mais Lee Myung-Bak persiste et ne souhaite pas réduire ses exigences envers le Nord. L’intransigeance du président sud-coréen a provoqué une rigidité plus grande des autorités du Nord. Aujourd’hui, le dialogue entre le Nord et le Sud est quasi-inexistant. Tous les liens semblent se briser les uns après les autres.
Le nouvel essai nucléaire, et la vague de tirs de missiles qui s’en est suivie, ont suscité un mouvement de protestation et de colère de l’ensemble de la communauté internationale. L’irresponsabilité du leader nord-coréen a été pointée du doigt face à ses provocations. Plus grave est l’annonce du désengagement de la Corée du Nord avec le traité d’armistice du 27 juillet 1953. Cette annonce a mis les autorités sud-coréennes en alerte renforçant leur système de défense. Les Etats-Unis ont également renforcé leur niveau d’alerte pour leurs 28.000 hommes qui stationnent toujours dans la péninsule coréenne.
Cependant, les Etats-Unis jugent que la situation n’est pas critique. Si la condamnation est unanime, le Conseil de sécurité, saisi par le Japon et les puissances occidentales, n’est pas encore parvenu à trouver un accord pour condamner dans les termes les plus forts les agissements du régime nord-coréen.

La puissance balistique de la Corée du Nord inquiète la communauté internationale
La participation de la Corée du Sud au PSI (Proliferation Security Initiative) a renforcé l’antagonisme Nord-Sud. La Corée du Nord estime désormais que le Sud s’expose à des représailles militaires. La propagande officielle du Nord se veut toujours plus menaçante et déclare ainsi être « complètement prête pour la bataille » contre les Etats-Unis. Cette martialité est en plein contraste avec l’unanimité que recueille la Corée du Nord contre elle. Même ses alliés comme la Russie ou la Chine condamnent ses agissements. La Russie se déclare prête à coopérer fermement contre le régime de Pyongyang. La Chine se retrouve dans une position délicate. Pendant des années, Pékin a couvert les « fantaisies » du leader nord-coréen, désormais, il apparaît totalement incontrôlable.
Dans ce contexte, la position américaine laisse perplexe. Depuis, le nouvel essai nucléaire, Barack Obama et son administration ont une attitude méprisante envers les autorités nord-coréennes. Il est vrai que les Etats-Unis ont un agenda chargé avec le Moyen-Orient mais ne pas porter attention au dossier coréen serait extrêmement dangereux. L’imprévisibilité des actions du « Cher Leader » est une difficulté supplémentaire dans ce dossier complexe. L’escalade verbale ainsi que la poursuite des provocations pourraient conduire à un faux pas fatidique.
Dorénavant, l’administration américaine, et sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, doivent corriger leur stratégie vis-à-vis de leurs homologues nord-coréens. L’enjeu est de taille : la crédibilité de la nouvelle administration à parvenir à un nouvel accord de dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ignorer la Corée du Nord serait irresponsable, céder aux exigences des autorités nord-coréennes pas raisonnable, alors le président américain se doit de définir une stratégie nouvelle pour cette région du monde. Un échec aurait des conséquences à long terme pour la diplomatie étatsunienne dans le monde.
F.V.
Archivé sous: Asie, International

