Conflit israélo-palestinien
Après 23 jours de guerre et plus de 1300 morts, les deux camps ont clamé victoire…
La paix se trouverait-elle sous ces décombres?

Comme par magie, Barack Obama est officiellement le 44ème président des États-Unis d’Amérique, et 72 heures avant son investiture, Israël a annoncé un cessez-le-feu unilatéral, rejoint 24 heures plus tard par le Hamas. Le gouvernement israélien avait donc saisi cette fenêtre d’opportunité pour faire le ménage dans la bande de Gaza.
En effet, cette énième bataille de la longue guerre israélo-arabe a pris fin, et le temps d’un premier bilan est arrivé. Alors que les autorités israéliennes proclamaient haut et fort au début du conflit que le Hamas serait anéanti, destitué de son trône gazouï et envoyé à jamais dans les livres d’Histoire, rien ne s’est déroulé selon les incantations israéliennes. Comme lors de la bataille de l’été 2006 contre le Hezbollah, où déjà le gouvernement d’Ehud Olmert promettait l’enfer aux hommes d’Hassan Nasrallah, l’échec de l’offensive israélienne à Gaza semble inéluctablement se dessiner.
Le constat est terrible, le Hamas s’offre le luxe de tirer encore des roquettes, au lendemain du cessez-le-feu unilatéral israélien. Rappelons que l’objectif de Tsa Hal était l’arrêt complet des tirs de roquettes. Il s’agissait de l’objectif minimal des opérations dans la bande de Gaza. Il n’a pas été atteint. Le Hamas a essuyé des pertes humaines dans ses rangs. Les 48 morts annoncées par la mouvance islamiste ne semblent pas réalistes alors qu’un des principaux dirigeants, Saïd Saïm (Ministre de l’Intérieur du gouvernement Hamas), a été tué dans la bataille. Cependant, l’organisation islamiste n’est pas décapitée, elle se trouve renforcer à l’issue de ce conflit.
Et maintenant ?
Par ses agissements, Israël a affaibli encore plus l’autorité de Mahmoud Abbas. L’Autorité Palestinienne a bien veillé, malgré quelques affrontements, parfois de manière musclée, à maintenir l’ordre en Cisjordanie. Gaza est un champ de ruine, Mahmoud Abbas est en mauvaise position pour réclamer des comptes au Hamas. Dans la rue arabe, le Hamas est le nouveau fleuron de la résistance à Israël. A l’image du Hezbollah, l’organisation islamiste démontre que l’armée israélienne n’est pas invincible. Peu à peu les mythes de 1967 et 1973 s’effacent au profit d’un rééquilibre des forces dans la région.
Un acteur a affermi encore une fois sa position. Il est resté dans l’ombre tout le long du conflit mais les Israéliens n’ont cessé de le pointer du doigt : l’Iran. Pour Israël, le véritable enjeu de cette bataille à Gaza était l’affaiblissement significatif d’un élément pro-iranien. Les félicitations de Mahmoud Ahmadinejad sur la « victoire » du Hamas illustrent les liens qui unissent l’organisation avec le régime de Téhéran. Pour l’Iran, le simple maintien du Hamas à Gaza est une victoire. Le Hezbollah n’est pas intervenu dans le conflit car il est en position de force au Liban alors qu’au printemps prochain se dérouleront des élections législatives qui pourraient lui apporter la victoire.
Les Iraniens, inexorablement, s’installent aux portes d’Israël. La prochaine cible est claire : la Cisjordanie. Par ailleurs, il est intéressant d’observer les propos tenus par le leader du Hezbollah, à l’occasion du conflit, qui s’en est ouvertement pris au gouvernement égyptien, accusé de trahison à la cause palestinienne. Pour l’Iran et ses alliés, l’objectif est clair, un environnement totalement hostile à Israël. Inverser le rapport de force en faveur des Arabes et des musulmans.
Concernant la nouvelle administration américaine, le temps de l’action dans le conflit israélo-palestinien intervient de facto de manière précipité. George Mitchell, devient le nouvel homme fort en faveur d’un compromis entre les deux parties au nom des Etats-Unis. Il est l’homme qui a permis de résoudre le conflit en Irlande du Nord. Si beaucoup d’experts tentent de démontrer la similarité des deux situations. Le problème israélo-palestinien est d’une complexité qui est propre à lui-même et toute comparaison apparaît impromptue. L’une des clés pour les Américains et les Européens est l’établissement ou non d’un dialogue avec le Hamas.
Les élections en point de mire
Dans ce contexte de changement, les protagonistes du conflit ont eu aussi à jouer leur partition. En effet, le 10 février prochain se tient les élections législatives en Israël. Malgré la montée spectaculaire dans les sondages du travailliste et actuel Ministre de la Défense, Ehud Barak, le Likoud et son leader Benyamin Netanyahu cavalent toujours en tête. Une victoire de la droite israélienne provoquerait un durcissement de la position israélienne dans la perspective de négociations. Le Likoud s’oppose farouchement à tout dialogue avec le Hamas.
Côté palestinien, de nouvelles élections présidentielle et législative doivent se tenir dans les prochains mois. Au vu du contexte actuel, le calendrier électoral apparaît un peu flou. Mais le Hamas mise sur une influence renforcer sur Gaza. Ainsi la guerre terminée, que le mouvement islamiste resserre sa mainmise sur la bande de Gaza en menant une véritable « chasse aux sorcières ». Des règlements de compte avec des membres du Fatah ont eu lieu avec un nombre important de liquidations. L’enveloppe de deux milliards de dollars promise par les États de la Ligue Arabe passera entre les mains du Hamas. La priorité de la mouvance sera probablement de faire renaître de ces centres les infrastructures de son pouvoir. Par ailleurs, de nombreux tunnels reliant le territoire palestinien et l’Egypte ont rouvert.
Il est facile d’imaginer que le Fatah va raffermir son autorité sur la Cisjordanie. En effet, Gaza est définitivement perdu pour Mahmoud Abbas et ses hommes. La division des Palestiniens met en position de force les autorités israéliennes. L’affaiblissement du président de l’Autorité Palestinienne rend assez peu crédible un règlement équitable entre les deux parties. Les questions clés devront être prises de front : les colonies juives, les réfugiés palestiniens et le statut de Jérusalem. Ce sont les trois bombes que les négociateurs n’ont eu de cesse de repousser aux calendes grecques.
Dans ce processus diplomatique, il faudra y joindre la poursuite de la médiation internationale, par l’intermédiaire de la Turquie, entre Israël et la Syrie. L’objectif étant le règlement pacifique des différends entre les deux États. Mais une paix entre les deux pays signifierait la perte d’influence iranienne dans la région. Là, est la véritable stratégie des Occidentaux vis-à-vis de l’Iran. Enfin, les prochaines élections présidentielles en Iran, au mois de juin, détermineront de la mise en route ou non d’un dialogue américano-iranien, clé de voûte de la stabilité géopolitique moyen-orientale.
F.V.
Archivé sous: International, Moyen-Orient



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