Editorial
La nouvelle année n’a rien changé, la crise est toujours là…

La civilisation maya a connu la décadence avant son effondrement, le même sort pour la civilisation occidentale?
Surfant sur le pessimisme ambiant, à vrai dire, l’ensemble des acteurs économiques, politiques… se sont accordés pour exprimer de concert leurs inquiétudes pour l’année 2009. Les chiffres de l’OCDE annonçant 20 à 25 millions de chômeurs supplémentaires pour cette année abondent dans ce sens. Les perspectives ne sont pas réjouissantes et les solutions offertes pour sortir de la crise économique ne sont pas garanties d’une efficacité totale pour rebondir rapidement.
1999-2009 : Une décennie de troubles
Avant de revenir sur les perspectives de l’année qui s’ouvre, il est intéressant à ce moment donné de regarder dans le rétroviseur de cette dernière décennie : 1999-2009. On s’aperçoit de l’immensité du changement qui s’est amorcé sur l’ensemble de la planète. Les États-Unis et ses pays alliés ont mené trois guerres d’envergure (Kosovo, Afghanistan, Irak) ; la Chine n’a cessé d’affirmer sa place de rivale potentielle aux États-Unis ; le Moyen-Orient a vécu une décennie ensanglantée où l’ensemble des foyers de conflits se sont ravivés ; la Russie a retrouvé sa place sur la scène internationale ; les effets des changements climatiques se font ressentir toujours plus (Ouragans, inondations, disparition accélérée de la banquise…) ; enfin l’économie mondiale après l’explosion de la bulle Internet a connu lors de cette dernière année, une crise financière qui pourrait s’avérer mortelle…
2009 s’ouvre par la vue de ce grand précipice qui se dévoile devant nous. La question est de savoir si le sol va se dérober sous nos pieds et nous entraîner dans un chaos planétaire dont les traits ne cessent de grossir. Les festivités de la nouvelle année ou encore de Noël nous le prouvent, les choses sont en train de changer. Ce changement est profond, latent et souterrain, l’année qui s’annonce confirmera probablement ces nouvelles tendances au sien des sociétés occidentales.
La fin annoncée de la civilisation occidentale ?
Les sociétés occidentales apparaissent comme les plus touchées par cette transformation qui s’amorce. Les valeurs qui ont fondé toutes ces sociétés depuis plus de deux siècles semblent s’effriter de manière inexorable. Le système économique n’a plus aucun repère. Après la crise financière qui a dévasté de nombreux États, les remèdes utilisés avec le retour étatique dans le circuit même de la finance démontre que le libéralisme économique, développé depuis la première révolution industrielle, prend l’eau.
Mais pour la civilisation occidentale, en général, la situation ne s’arrête pas à cette unique crise. L’accumulation de crises : financière, économique, écologique, énergétique… est annonciatrice d’un déclin certain et d’un futur effondrement pour beaucoup de spécialistes.
La mondialisation a accéléré le processus de diffusion du modèle de développement occidental, aujourd’hui les limites sont atteintes. Loin des discours simplistes ou radicaux des dits altermondialistes, il s’agit de faire un simple constat : il n’est pas sûr que nos croyances au progrès et à l’innovation ainsi qu’au système économique puissent sauver une civilisation qui amorce sa décadence.
Les effets limités de la future gouvernance Obama
Dans ce contexte de très fortes tensions, l’élection de Barack Obama suscite d’énormes espoirs (trop ?). Le nouveau président élu n’est pas encore entré officiellement à la Maison-Blanche que l’ensemble de la communauté mondiale regarde dans sa direction pour sortir le monde de l’impasse. Mais la présidence démocrate ne révolutionnera rien. Le seul aspect qui va changer : l’impopularité de l’administration Bush cède la place à la starisation de l’administration Obama.
Avant d’établir la paix dans le monde, le nouveau président va s’efforcer de sauver les États-Unis d’une récession sans précédent depuis 1929. L’entreprise s’annonce très difficile, et aucune décision stratégique n’est à espérer avant février.
Cependant, le président américain risque de devoir intervenir en urgence pour éteindre le feu au Proche-Orient. Pour Hillary Clinton, la guerre entre Israël et le Hamas la place sous le feu de la rampe dans la gestion de cette énième crise qui radicalise toujours plus les acteurs régionaux.
Alors que le monde musulman s’enflamme, l’Europe arrive en pompier pour tenter de contrôler l’incendie. Depuis plus de six mois, l’Europe semble être la seule force de médiation (cf. guerre entre la Russie et la Géorgie) sur la scène mondiale. Depuis 2003, l’action de l’ONU est tombée en lambeau, il ne constitue plus l’acteur incontournable qu’il devrait être. Ban Ki-moon n’a pas l’aura nécessaire pour donner une nouvelle impulsion à l’organisation fondée à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale.
L’Europe à un tournant historique
Si le monde attend avec angoisse les effets de la crise, l’Europe se prépare à vivre une année critique. Les chiffres des prévisions économiques sont sans équivoques : la récession battra son plein pour l’Union Européenne. Si certains pays sont déjà touchés par le phénomène, en 2009, aucun État n’y échappera. Les Britanniques prévoient une récession de 2,9%. Pour trouver de tel chiffre pour le royaume, il est nécessaire de remonter à 1946.
Sur le plan politique, cette année est marquée par les élections européennes en juin prochain. Il s’agit du premier scrutin de l’Europe des 27. Avec le contexte de crise actuelle, le risque d’une désertion électorale est grand, dans un scrutin qui n’a déjà pas les faveurs des Européens. D’ici juin, la crise économique aura causé de nombreux dégâts, il n’est pas certain que l’Europe soit la grande gagnante de ce scrutin. La présidence tchèque lors de ce premier semestre 2009 donne le ton de cette autre Europe.
Crise économique, crise sociale, crise politique ?
A l’image des autres sociétés occidentales, la France voit la menace de la dépression économique s’approcher inéluctablement. Même si le gouvernement n’a cessé de se gargariser que la France ne soit pas entrée en récession en 2008, elle n’y échappera pas cette année. Le plan de relance proposé au mois de décembre par Nicolas Sarkozy n’aura d’effet qu’à moyen terme de 6 à 12 mois. Le ministre en charge de ce plan, Patrick Devedjian, sait que la tâche est extrêmement complexe.
Adosser à cela, la grogne qui surgit un peu partout par les réformes entreprises par le gouvernement. Cette fuite en avant qui semble caractériser la gouvernance Sarkozy risque de trouver certaines limites. Lors de son discours du 31 décembre aux Français, Nicolas Sarkozy a promis de garder le cap des réformes. Il a explicitement indiqué que les Français devraient travailler plus (mais le « gagner plus » a disparu du prompteur). La réforme sur le dimanche travaillé est le premier dossier important de la nouvelle année. L’opposition, si tenter qu’elle s’organise, voit un terreau important pour être le catalyseur d’une contestation dont les rangs ne cesseront de grossir dans les prochains mois.
Nicolas Sarkozy inonde le monde de ses discours mais à si méprendre le président français pourrait s’y noyer. La présidence européenne terminée, le président Sarkozy se voit revenir sur le terrain national qu’il serait tenté de juger un peu étroit maintenant qu’il considère avoir acquis une dimension planétaire. Désormais, les effets d’annonces qui caractérisent son mode de gouvernance à l’orée de cette crise trouvera des limites. La question est de savoir, si les réponses gouvernementales seront à la hauteur de la vague de gronde populaire qui semble se dessiner à l’horizon.
F.V.
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