CARNET DE ROUTE N°1
Un mois après les élections russes, une série d’articles consacrés à la société russe vue de Sibérie. Découverte

Le centre de la capitale sibérienne, Novossibirsk
Alors que les élections présidentielles russes ont consacré le dauphin de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev (voir l’article de l’auteur publié sur Regard sur l’est), la région de Sibérie connaît un développement inégal. Novossibirsk, la capitale de la vaste région de Sibérie occidentale qui représente cinq fois la France, connaît dynamisme économique évident. La puissance de la croissance économique russe se fait sentir avec une consommation effrénée pour une partie de la population.
Mais la réalité pour la population russe demeure très contrastée. Dans cette réalité tente d’émerger une classe moyenne. La ville de Novossibirsk, n’a pas le charme d’une ville européenne, à peine plus de cent ans. Aucune trace d’histoire dans cette ville de deux millions d’âmes, troisième cité russe après Moscou et St-Pétersbourg. Novossibirsk est une ville industrielle où la période soviétique lui a permis un développement certain. La ville est située dans une région pauvre en matières premières, loin des régions du nord riche en pétrole et gaz. L’absence de cette manne financière pour la région de Sibérie occidentale oblige de jouer d’imagination pour permettre un certain niveau de croissance économique vital pour la survie de cette région.
Cependant, le maintien des activités industrielles, la tentative de développement d’une agriculture dans une région plutôt hostile sont des signes d’un potentiel réel pour une région en proie à une sérieuse crise démographique. La visite de Dmitri Medvedev, à Novossibirsk mi-février, n’est pas innocente. Ce dernier a évoqué la crise démographique russe, enjeu existentiel pour l’avenir de la Russie. En effet, il s’agit d’une véritable saignée qui se produit au sein de la société russe. Et les répercussions se font sentir à tous les niveaux comme la question de la conscription militaire. En janvier dernier, le gouvernement russe a officialisé l’entrée en vigueur de la nouvelle loi concernant la durée de la conscription. Celle-ci passe dorénavant de deux ans à une seule année. La possibilité d’échapper au service militaire devient à présent plus compliquer.
L’absence de profondeur historique de la ville ne signifie pas qu’il n’y a pas Une histoire. En effet, la ville se présente comme un véritable musée du communisme. Tout l’apparat du temps soviétique est toujours présent. Les noms de rue, les stations de métro, les monuments vous rappellent constamment la période soviétique comme si elle était toujours présente, du moins dans les esprits des autochtones. Le résultat d’Evgueni Ziouganov, le leader du КПРФ (Parti Communiste russe), lors des présidentielles du 2 mars, est très important (environ 25%). Ce score confirme la bonne santé relative des communistes dans la région. Une confiance telle que certains désormais exigent le retour de la statue de Staline.
Il est vrai que la situation industrielle est exsangue. L’industrie lourde, ressource économique de la ville durant la période soviétique, est aujourd’hui en concurrence sévère avec le voisin chinois. Malgré tout, cette crise industrielle est couverte par le développement effréné d’une société de consommation. Désormais, les panneaux publicitaires, digne d’une ville européenne, trônent au côté de la statue de Lénine. Autre fait comparable, est l’explosion du parc automobile. Depuis quelques années, les habitants ont aperçu l’accroissement exponentiel de la circulation automobile dans la ville. La mairie de Novossibirsk n’arrive pas à contenir ce phénomène créant une véritable asphyxie au cœur de la ville. Les voitures en importation, provenant du Japon, sont nombreuses, comme les voitures américaines, dont les Chevrolet.
Problème qui semble récurrent à l’ensemble de la Russie est la question de la pollution. Celle-ci est visuelle. En effet, la publicité est partout, il n’y a aucune réglementation. Elle est sauvage. Le métro agresse tous les matins étudiants, travailleurs par ces publicités placardées partout dans les rames. Mais la pollution est aussi réelle dans les rues. Aucune attention, aucune préservation de l’environnement citadin. Au milieu des rues, jonchent bouteilles de bière, paquets de cigarettes… L’hiver et la neige font cache misère mais une fois le printemps arrivé, le véritable visage de la ville est divulgué. Ce côté hideux et pas très agréable est un absolu contraste à l’accueil chaleureux rencontré à Novossibirsk ou ailleurs en Russie. À suivre…
F.V.
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