L’Étrange Noël de Mr Mike
Mike Huckabee est devenu en l’espace de quelques semaines le candidat incontournable chez les Républicains. En attendant les primaires dans l’Iowa

Il y a quelques semaines, ce nom se situait dans l’anonymat le plus complet. Aujourd’hui, il connaît une popularité exponentielle. Les médias américains se sont emparés du phénomène pour aujourd’hui le présenter comme un sérieux candidat au sein du parti Républicain. La bonhommie du personnage a été un facteur décisif dans l’accroissement de son audience auprès de l’électorat républicain. Mike Huckabee se place dans la course au favori pour représenter le camp républicain à l’automne 2008. Mais le chemin est encore long et rien ne garantie la présence du candidat lors des primaires décisives (notamment lors du « Super Tuesday »).
Ce quinquagénaire, gouverneur de l’Arkansas suscite l’étonnement parmi le gotha politique de Washington. Son bas goût pour l’humour facile et des propos populistes ont retourné une partie de l’opinion républicaine en sa faveur. Cette effervescence autour de ce personnage s’accompagne d’un effondrement de certaines thématiques centrales depuis le départ de la campagne : la situation en Irak, la crise des subprimes et la dette publique. Cet ancien pasteur prolonge sa caricature dans la foi évangélique. Une foi qui cimente une large partie de l’électorat républicain qui en soutenant ce candidat atypique rappelle aux autres challengers les fondamentaux à respecter. Mitt Romney, mormon, est en train de s’en apercevoir amèrement. Malgré les millions de dollars rassemblés sous sa bannière, l’ancien gouverneur du Massachussetts se voit déborder sur sa droite religieuse.
Les millions qui croulent sous Mitt Romney sont en contraste avec les moyens très limités de Mike Huckabee et de son équipe de campagne. L’absence d’une véritable structure à l’échelle nationale est assurément pénalisante pour cet ancien pasteur. Sa fille, Sarah, 25 ans, est officiellement sa directrice de campagne à l’échelle nationale. La petite structure de l’équipe qui l’entoure donne à ce candidat une image de sympathie que celui-ci sait manier avec talent. Le clip de campagne qui affiche le ralliement de l’acteur Chuck Norris à la candidature Huckabee dévoile un sens de l’humour tout en traitant de problématiques sérieuses avec logique.
Cependant, sa force de frappe demeure limitée. A l’heure actuelle, il n’a pas pu franchir la barre symbolique des 5 millions de dollars de soutien pour financer sa campagne. Sa résonance à l’échelle nationale est pénalisée sérieusement, et les primaires dans le New Hampshire risquent de dévoiler les limites de Mike Huckabee. L’insuffisance de moyens pour réaliser des sondages à titre interne, élément de base pour toute campagne électorale aux Etats-Unis est une faiblesse mortelle. Mais le candidat a su déjouer jusqu’à présent l’ensemble des pronostics.

Mike Huckabee mène une campagne modeste mais redoutablement efficace
Le slogan de campagne est simple : « Faith, Family, Freedom ». Ces trois valeurs sont dénominateurs d’un électorat : les chrétiens évangéliques. Elle est la cible prioritaire du candidat, et à l’heure actuelle, la formule semble porter ses fruits. Son programme en matière d’énergie se démarque nettement de l’administration de Georges W. Bush. Ainsi, il prône fermement l’indépendance énergétique et soutient ardemment l’option des énergies renouvelables et ceci sous l’auréole du message biblique. Un autre point intéressant sur la question est la volonté affirmée de Mike Huckabee de se délester du boulet saoudien.
La riposte des autres candidats est intervenue rapidement. Ceux-ci ont visé prioritairement la méconnaissance des questions étrangères du candidat de l’Arkansas. Et lorsque celui-ci est interrogé sur le rapport des services de renseignement américains concernant le programme nucléaire militaire de l’Iran stoppé en 2003, Mike Huckabee, l’air loquace, répond qu’il n’est pas informé sur le sujet. Un dossier brûlant et très médiatisé qui sera au centre de l’année 2008, un cadeau pour ses adversaires. Car les accusations de corruption ou les propositions douteuses émises lors de précédentes campagnes (N.B. : en 1992, il a émis l’idée d’isoler les malades du VIH du reste de la population) ne freinent pas cette poussée électorale.
La croyance du message chrétien détermine le candidat dans son destin présidentiel. La comparaison avec Bill Clinton, lui aussi ancien gouverneur de l’Arkansas, ne tient pas la distance très longtemps. Il s’agit d’une pâle imitation de l’ancien président démocrate, et le projet de société défendu par Mike Huckabee est aux antipodes de l’Amérique des années 1990. Le caucus de l’Iowa de jeudi 3 janvier ouvre officiellement la course à la Maison Blanche. Si Mike Huckabee se saisit de ce premier Etat, elle ne préjuge en rien du résultat final. Mais son exposition à l’échelle nationale lui assure pour longtemps un rôle central au sein du vieux grand parti (Grand Old Party).
F.V.
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