Après cet entre-deux-tours et l’élection de Nicolas Sarkozy, des conclusions s’imposent

Tout a commencé avec un sondage le 23 avril 2007, Nicolas Sarkozy possédait alors, selon Ipsos, 54% des voix contre 46% pour Ségolène Royal. Il faut bien entendu prendre ces chiffres avec des pincettes car la Sofres annonçait des chiffres bien moins éloignés. Les sondages sont, à l’heure actuelle, le meilleur moyen d’avoir une idée des logiques sociologiques des électeurs, c’est pour cette raison qu’ils seront l’outil essentiel de ce bilan.
Si nous devions résumer ces deux semaines, l’animation a tourné autour de trois évènements. Le premier, et le plus important semble-t-il, est le feuilleton Ségolène et François qui finit en apothéose avec un débat que peu de gens ont pu suivre. Ce qu’il en ressort cependant est l’impact qu’a pu avoir cette petite histoire. En effet, Ségolène Royal a grignoté petit à petit des intentions de votes arrivant à 47,5% le 29 avril dernier, toujours selon Ipsos. Si, comme nous le savons, cela n’a eu que peu d’incidence sur le résultat final, cet écart de Ségolène Royal, qui pouvait se justifier pour attirer des voix, revient comme un boomerang à l’intérieur du Parti Socialiste qui est aujourd’hui à la limite de la scission.
Le deuxième évènement qui aurait pu faire basculer les futurs électeurs d’un côté ou de l’autre est le discours de Jean-Marie Le Pen, le 1er mai, appelant à ne voter ni pour l’un ni pour l’autre sur un ton beaucoup plus affirmatif que lors des présidentielles précédentes. Certes cet évènement semble moins important mais pour que Ségolène Royal ait eu des chances d’être élue, une forte abstention (abstention pure ou vote blanc) de ce côté-ci était requise. Résultats, Nicolas Sarkozy inverse la tendance et accroit de nouveau son avance dès le 30 avril et le discours de Jean-Marie Le Pen n’a pas eu l’effet escompté pour Ségolène Royal. Elle se présente au débat du mercredi avec un pourcentage de 46,5%. A ce moment de la campagne et ce malgré les 3 points de marge d’erreurs annoncés par Ipsos, Ségolène Royal n’a aucune chance d’être élue. Le débat du 2 mai est donc devenu un point capital de la campagne pour que la candidate socialiste soit encore dans la course.
Ce troisième et dernier évènement de cet entre-deux-tours n’a manifestement pas permis à Ségolène Royal de grappiller les intentions de votes nécessaires. En effet, les résultats des sondages postdébat sont même à l’inverse de ce qu’elle pouvait espérer puisque Ipsos dévoile un pourcentage de 46% le vendredi matin et de 45% à 23h, niveau le plus bas de ces deux semaines et même de toute sa campagne.
Afin de mieux comprendre ce choix pour Nicolas Sarkozy, il faut se pencher sur les chiffres des reports de voix du premier tour. Souvent annoncés comme faisant la pluie et le beau temps, les reports des bayrouistes ont permis à Ségolène Royal de réduire l’écart avant son débat avec le leader de l’UDF mais la tendance n’a duré qu’un temps, laissant place à l’abstentionnisme puis à une légère remontée de Nicolas Sarkozy. Les derniers jours ont été à la faveur des deux candidats avec 36% pour Nicolas Sarkozy et 35% pour Ségolène Royal. Mais alors qu’ont-ils décidé de faire ? La réponse est simple, ils ont continué sur leur lancée et ont choisi Nicolas Sarkozy à 40% et Ségolène Royale à 38%. Doit-on en conclure que ce centre, au score énorme de 18,6%, fut décisif ? Et bien non ! Après nous avoir abreuvés de phrases de M. Bayrou, c’est finalement un résultat que certains journalistes politiques avaient annoncé dès le soir du premier tour mettant en avant l’histoire de centre droit et la nouvelle tendance social démocrate de l’UDF, futur Mouvement Démocrate.
Pour ce qui est des reports de voix des électeurs de Jean-Marie Le Pen, la tendance générale était une décroissance impressionnante du report sur Nicolas Sarkozy avec une perte de 24 points par rapport au 23 avril. Ségolène Royal a réussi un moment, sûrement en se montrant ouverte vers François Bayrou, à récupérer jusqu’à 20% mais comme le lepéniste est de nature plutôt fidèle les chiffres ne sont finalement que de 12%, faisant une part intéressante à l’abstention. Pour la sans doute dernière campagne de Jean-Marie Le Pen, on ne peut pas dire que cela soit une réussite pour le Front National. Au-delà des tensions qui peuvent exister sur la succession éventuelle de Marine Le Pen c’est même tout l’élan de ce parti qui pourrait se voir réduit à néant avec les derniers combats de son leader.
Enfin, viennent les partis de gauche non socialistes car si Nicolas Sarkozy a gagné des électeurs chez François Bayrou, il en a perdu chez Jean-Marie Le Pen. Mais alors qu’à fait la gauche de la gauche ? La réponse est bizarre en fin de semaine. Quand la candidate socialiste voyageait irrégulièrement entre les 76 et 58%, Nicolas Sarkozy, lui, se maintenait à 8%. Chose exceptionnelle après le débat du 2 mai, le futur président élu va atteindre 21%. La question est donc posé de ce qui a pu se passer dans ces têtes là mais un peu à l’image citée plus haut des lepénistes, le résultat final aura été relativement conventionnel.
La conclusion que nous pouvons tirer de cette réflexion sur les chiffres est que la réactivité des gens aux évènements est relativement rapide mais au fond, le résultat reste sensiblement inchangé au regard du sondage du 27 janvier 2007 annonçant la victoire de Nicolas Sarkozy à hauteur de 54%. Je finirai en vous invitant, à gauche, à droite comme au centre, à vous déplacer, une fois de plus, pour les prochaines législatives. Car si l’actualité palpitante des tensions diverses des partis peuvent intéresser, nul doute qu’ils réussiront à dépasser cela et à vous vendre, chacun, leur candidat dans votre circonscription.
O.N.
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